Vulgariser l’accessibilité

Par Élie Sloïm, le 31 octobre 2006, dans .

Pour mettre les administrateurs de sites sur la voie de l’accessibilité, de multiples arguments peuvent être utilisés, et les experts ne s’en privent pas. En revanche, suivant les interlocuteurs, l’abondance d’arguments positifs peut devenir quasiment suspecte. “Mais pourquoi ces types là mettent-il tant d’énergie à me vendre leur truc?”. En pratique, un expert sera toujours infiniment plus crédible en annonçant sur le même plan les arguments positifs (il y en a beaucoup), et les arguments négatifs (il y en a aussi). A ce stade d’une présentation, la comparaison de ces arguments donne presque toujours un avantage incontestable aux arguments positifs (“sans forcer’, dirais-je). De plus, la démarche n’est pas “survendue”, elle est juste choisie et assumée, dans ses différentes dimensions.

Mais dans certains cas, il vaut mieux aller à l’essentiel. Alors lorsque le responsable d’une liste de diffusion sur les moteurs de recherche comptant 75 000 abonnés m’a demandé d’écrire un billet d’humeur de mon choix, je n’ai pas beaucoup hésité. Pas la peine de tourner autour du pot.

Mon argument central : “L’accessibilité, si vous ne le faites pas pour les autres, faites le pour vous.

Voici le texte de ce billet d’humeur publié sur moteurzine :

Accessibilité : des hommes et des machines

Au premier abord, l’accessibilité de votre site aux personnes handicapées ne vous semble peut-être pas un sujet essentiel. Peut-être avez-vous déjà suffisamment de travail pour faire évoluer votre site ou pour en assurer sa promotion.

Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’améliorer l’accessibilité de votre site peut vous rapporter des visiteurs et des clients supplémentaires. Je pense bien sûr aux visiteurs en situation de handicap, qui sont nombreux, mais pas seulement. Il faut également ajouter à cette population les personnes âgées ou encore les personnes qui consultent votre site avec un téléphone mobile.

D’autre part, il n’y a pas que des humains qui visitent votre site : les moteurs de recherche utilisent des robots automatiques qui visitent et indexent régulièrement vos pages. Le plus connu s’appellle GoogleBot, mais il y en à bien d’autres. Et ce que GoogleBot et ses autres amis robots recherchent sur votre site, ce sont des contenus. Il n’y a que ça qui les intéresse, c’est leur friandise, et c’est d’ailleurs presque la seule chose qu’ils sont capables de digérer.

Malheureusement, GoogleBot est aveugle. Par exemple, quand on lui montre une image, il ne voit qu’un ensemble de pixels, sans aucun sens, à moins que vous n’ayez pris soin d’intégrer des contenus alternatifs sous forme textuelle dans vos pages.

De la même façon, face à une application flash ou une vidéo, le robot est démuni : il regarde cet objet bêtement. Il ne sait pas ce qu’il contient. Il ne peut rien en faire, à moins que vous ayez prévu là aussi de lui donner une friandise, un contenu alternatif, sous forme texte, qui expliquera ce que contient l’objet en question, et donnera même des chances à cet objet d’être indexé avec une belle description, pleine de mots-clés pertinents.

Les robots, qui se promènent assez rarement avec une souris, ne savent pas cliquer sur un menu déroulant en JavaScript. Et si par hasard il est absolument obligatoire de cliquer dans ce menu pour accéder à une partie de votre site, le robot n’ira pas plus loin. Et bien sûr, les contenus de cette partie du site ne seront pas indexés.

On pourrait multiplier les exemples sur les liens, les formulaires ou encore la séparation du contenu et de la présentation, mais l’essentiel est là : un site accessible, c’est un ensemble de contenus accessibles à tous, humains ET machines.

Améliorer l’accessibilité de son site, c’est trouver et lever les petites barrières qui empêchent la consultation des contenus à tous les types de publics. Chaque petite barrière que vous lèverez pour les uns et pour les autres sera un atout supplémentaire pour atteindre tous vos utilisateurs potentiels et pour soigner votre politique de référencement.

Alors, si n’avez pas encore trouvé le temps ou l’énergie de le faire pour les autres, prenez donc le temps de le faire pour vous.

11 commentaire(s)

  1. Par Benoît Nadaud, le 31 octobre 2006 à 8 h 27 min :

    Excellent billet ! C’est tellement vrai, il est trop courant de voir ou d’entendre des personnes convaincues de l’intérêt de l’accessibilité essayer à tout prix de faire passer le message au point de ne pas donner au décideur final (celui qui nous sollicite pour la création de son site) les clés nécessaires à son choix et justifiant son investissement.

    L’argumentation tiens debout et reste accessible à tout interlocuteur.

    Merci.

  2. Par Stéphane Deschamps, le 22 novembre 2006 à 9 h 41 min :

    (encore un gros bisou sur le front pour Élie !)

  3. Par Philippe, le 8 décembre 2006 à 13 h 44 min :

    Merci pour cet argumentaire et cette synthèse. Le portail de l’Assurance Maladie AMeli.fr évolue en ce sens le 11/12/2006( je gère le Puy-de-Dôme ). Dans les plus, l’effort d’accessibilité procure un retour d’audience quel que soit le public, car il oblige à clarifier les segments de clientèle, leurs attentes et les nôtres, et à structurer d’avantage les articles : ils attirent plus, incitent d’avantage à la lecture, sont plus facilement mémorisables et actés. Argument négatif puisqu’il en faut pour convaincre : pour avoir retour d’investissement, il faut … un investissement en amont et en aval : écoute, décryptage, temps de travail collaboratif, évaluation; pour l’accessibilité aux internautes ayant des problèmes de vue, il faudrait aussi des utilisateurs testeurs personnes âgées mais aussi aveugles équipés de clavier braille ou des différents types de logiciels de lecture vocale. S’il fallait un seul argument pour vous convaincre ? Eteignez l’écran et testez vous-même un logiciel de lecture vocale (sans écran)

  4. Par Ludovic Sobel, le 4 avril 2007 à 13 h 48 min :

    Ah c’est donc pour ca que dreamweaver nous "oblige" à mettre une balise alt sur les images 😉

  5. Par Gaëtan Houssin, le 26 avril 2007 à 13 h 20 min :

    Voila un billet qui parle d’accessibilité tout en étant accessible 🙂

    La démarche pour sensibiliser les développeurs à faire du travail "propre" n’est pas forcement évidente et je trouve se billet pertinant car en plus de parler de l’humain (qui est presque oublié dans certaine situation) et de ses caractéristiques (jeune, agé, culture web ou non, handicaps…), vous nous parlez d’accessibilité au moteur de recherche (dans la phase de referencement). Il faut selon moi sensibiler les développeurs professionnels et amateurs.
    Rendre un site accessible (du mieux possible) n’est pas plus contraignant et difficile que de mettre en place un menu en JavaScript (pour revenir à l’exemple cité).

    En tout cas merci pour cette article qui comme la plupart de ceux présent sur le blog Temesis est pertinant et compréhensible.

    Bonne continuation à tous.

  6. Par rambit, le 2 août 2007 à 5 h 05 min :

    Mmmmerci ! je suis consultant et pour certain client, vous venez de me fournir une nouvelle approche pour leur expliquer l’importance de s’y attarder…

  7. Par Maxime, le 14 décembre 2007 à 8 h 27 min :

    Voilà ce dont nous avons besoin, de l’argumentation pour faire passer la pillule parfois très douloureuse de l’accessibilité.
    Merci 😉

  8. Par stef-2004, le 23 février 2011 à 18 h 06 min :

    Actuellement je rédige un dossier sur ma ville relatant toutes les priorités à apporter à l’agglomération pour la rendre plus facile à vivre.
    Je désirai que l’on me communique toutes vos priorités à vous apporter en vie citadine.
    Merci ce dossier sera relié puis proposer aux villes pour améliorer la vie des handicapés
    Bye et merci de votre aide
    stef-2004@voila.fr

  9. Par Nico, le 18 avril 2012 à 9 h 04 min :

    Je dirais même : “ne le faites surtout pas pour les autres, faites-le pour vous”.

    Faites du travail de qualité, faites-le pour le plaisir du travail bien fait, faites-le parce que ça vous valorise, faites-le parce que c’est vous qui avez pensé à améliorer votre site pour tel cas d’utilisation.

    Franchement, si je devais attendre que les décideurs décident pour bien faire…

  10. Par Pierre, le 30 octobre 2012 à 10 h 06 min :

    C’est quand même difficile de “vendre” toutes ces spécificités car il y a un gros boulot d’informations pas toujours bien perçu par les clients et décideurs

  11. Par Christophe, le 26 novembre 2016 à 15 h 19 min :

    10 ans plus tard nous sommes toujours en demande de ces arguments pour convaincre du bien fondé de cette démarche qualité. A ceux qui n’en comprennent pas la démarche, nous en discutterons peut-être le jour où ces personnes se retrouveront en situation de handicap… et la Google ou autre ne sera peut être pas suffisant.
    Merci Elie pour ce combat qui je t’assure mobilise un certain nombre de gens.

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