Accessibilité et météo non structurée

Par Élie Sloïm, le 13 avril 2007, dans .

carte de Bretagne-températures à Rennes Je suis un fidèle auditeur de France Inter et de France Info. En général, je n’ai aucun problème pour comprendre les programmes. Mais après toutes ces années de fidélité, j’ai quand même une petite difficulté. J’ai toujours un mal fou à suivre et à comprendre les bulletins météo de Joël Collado. Je me suis longtemps demandé pourquoi je n’arrivais pas en les écoutant à comprendre le temps qu’il ferait, et pourquoi mon esprit se mettait systématiquement à divaguer à leur écoute. Je pense que les torts sont partagés. De mon côté, je n’arrive pas à comprendre les contenus non structurés. De son côté, il ne sait pas structurer ses contenus. Match nul, et tentative d’explication 😉

Tout d’abord, je fais partie des auditeurs qui ont beaucoup de mal à appréhender des données non structurées. Lorsque je n’ai pas de représentation visuelle à ma disposition, comme c’est le cas à la télévision ou sur Internet, j’ai besoin de repères.

  1. J’ai besoin d’une structure. Pour moi, le temps qu’il fera sur la France, lorsque ce n’est pas le même temps partout, c’est forcément quelque chose qui a besoin d’être subdivisé en sections. Le nord, le sud, la partie est, la partie ouest, la Bretagne, la Corse. D’autres subdivisions sont possibles, par régions administratives, par départements ;
  2. Pour comprendre une structure de contenu j’ai besoin que les subdivisions soient à peu près équivalentes ;
  3. Pour m’en sortir correctement, j’ai besoin que toutes les subdivisions soient présentes ;
  4. Lorsque le contenu en question est diffusé fréquemment, j’aime que les modes de structuration soient toujours du même type, du même ordre ;
  5. Lorsque l’on me présente un contenu structuré, j’aime que l’on me donne les titres et les sous-titres avant les textes ;
  6. J’aime également que des pauses soient faites lorsque l’on change de partie dans la structure.

Ces règles, j’apprécie particulièrement qu’elles soient respectées lors de la publication sur Internet. C’est important pour moi, mais c’est surtout important pour ceux qui écoutent les pages. Les utilisateurs de lecteurs d’écran, par exemple, qui utilisent Internet comme une radio. Vous me voyez venir, sans doute.

Lorsque j’écoute les bulletins non structurés, composés de phrases complexes et longues, de liaisons entre des régions, des zones, des états météorologiques et des températures, des alertes, des phénomènes locaux, régionaux, et nationaux, je me perds. Je décroche. Je ne comprends pas.

Un exemple, au hasard, une phase piquée dans le bulletin de ce matin (13 avril 2007) :

La situation est bien agitée ailleurs avec parfois beaucoup de pluie sous un ciel bien gris du Languedoc-Roussillon à la côte varoise et aux Cévennes, notamment dans la nuit; du Var, du Massif central et du sud-ouest à la Bretagne et au Cotentin, sous un ciel chaotique, ce sont plutôt des pluies discontinues mais soutenues par endroits qui l'après-midi, se mêlent parfois de coups de tonnerre; enfin, sur le reste du pays, soit de la baie de Seine aux Alpes et à la Corse, quelques ondées sont possibles sous un ciel changeant mais plus lumineux.

Pourtant, il y a TOUJOURS une structure. Il y aurait certainement une façon de marquer cette structure. De faire des pauses. D’annoncer des titres, des sous-titres, des contenus. C’est d’ailleurs ce qu’apprécient particulièrement les auditeurs fidèles de la météo marine, qui donne le même contenu structuré depuis des années, qui n’intéresse qu’un très petit nombre d’auditeurs, mais qui arrive à accrocher des personnes qui n’ont strictement rien à braire du temps qu’il fera sur Ouessant ou Nord Gascogne.

Oh certes, d’un point de vue de l’élégance du Français et des tournures de style, on y perdrait certainement. il serait peut-être, je dis bien peut-être plus difficile de faire des bulletins aussi courts. La moitié de la France qui arrive à se concentrer suffisamment, suit jusqu’à la fin et comprend les bulletins actuels de mon ami Joël regretterait certainement que ce ne soit plus un clone de Victor Hugo qui soit chargé de présenter la Météo ;-), mais l’autre moitié comprendrait, et ça tombe bien, je fais partie de cette deuxième moitié.

Bon, je n’ai aucune illusion sur le fait que Joël Collado ajoute des titres et des sous-titres à sa météo, mais je voudrais qu’il sache que même s’il se mettait à mieux structurer, nous n’aurions à aucun moment l’impression qu’il ne sait pas écrire le Français. Bien au contraire, nous l’écouterions mieux, et plus attentivement. Certes, en tant qu’ingénieur, je le soupçonne de vouloir passer toute sa vie à tenter de prouver que ce n’est pas parce qu’il est un scientifique qu’il n’a pas de talent littéraire – je suis dans le même cas -, mais moi, je me m’en fiche qu’il cause bien dans le poste, je veux savoir et comprendre le temps qu’il fait.

Je voudrais aussi que tous ceux qui sont dans le même cas que moi comprennent que ce billet n’est qu’une transposition de la problématique de l’accessibilité numérique et de l”écriture Web. Structurez vos contenus, isolez et synthétisez l’information, dites l’essentiel.

Tiens, à propos ce billet, est-il suffisamment structuré? Bof. Tant pis. Si Joël Collado me lit, ce sera ma vengeance 😉

15 commentaire(s)

  1. Par Jérôme, le 13 avril 2007 à 11 h 09 min :

    Dans ce billet tu ne parles que de la structuration du contenu.
    J’ai remarqué qu’il y a quelques années, les chaînes de TV ont lancées une sorte de concours: c’est celui qui présente la météo avec le plus d’effets infographiques. Dégradés, fondus, icônes diverses et animées… bref de vrais courts métrages d’art et essai. Mais bien que l’animateur présente parfois un discours structuré, le spectateur a souvent des difficultés à lire la carte (manque de contraste, absence de légende, suppression des repères…). Il suffit pourtant de regarder ces bulletins sur une TV noir&blanc ou sur un mini écran pour voir ces défauts.

    PS: au moins en Bretagne, le ciel n’est pas gris la nuit.

  2. Par LeParrain, le 13 avril 2007 à 11 h 09 min :

    Tout à fait d’accord avec l’analyse des bulletins météo difficilement compréhensibles.
    L’analogie avec les sites internet pour les déficients visuels est judicieuse et j’espère que ton plaidoyer pour une meilleure structuration des informations sera entendu par les webmasters..
    Je découvre ton blog : plutot sympa donc à bientot.

  3. Par Patrick B., le 16 avril 2007 à 15 h 29 min :

    Merci à Joël…. de Cup of Tea, de m’avoir amené ici.

    Tout à fait d’accord avec le contenu du billet. Moi non plus je ne pige rien aux bulletins sur France Info et consorts; et la météo marine, c’est encore pire…

    Mais est-ce qu’elle est là pour être comprise, ou pour répondre à un impératif de service public? Genre contrat, ou cahier des charges…

    ::

  4. Par Annelaure, le 16 avril 2007 à 23 h 59 min :

    La comparaison rédaction de contenus sur le Web et Météo Collado est assez pertinente. C’est un article très intéressant!

  5. Par fabi, le 18 avril 2007 à 15 h 16 min :

    tu en savoir plus ici

  6. Par Jussart, le 18 avril 2007 à 22 h 29 min :

    Comme quelqu’un avant moi c’est Joël et sa tasse de thé qui m’ont amenée ici. Et je reviendrai!
    Et merci – j’aime écouter cette même météo, je comprends le début et je me perds sans savoir de quelle partie de la France il parle… quand je raccroche à son bulletin il termine sa phrase 2 mots plus tard.
    Bons vents!

  7. Par bjacqueson, le 20 avril 2007 à 10 h 41 min :

    Pour Patrick B. concernant la météo marine, c’est justement l’inverse: l’info de la météo marine est structurée, mais demande à l’inverse quelques connaissances en géographie et en météo pour être interprétée: le présentateur en effet, liste de façon systématique, dans le sens anti-horaire, des secteurs géographiques pour lequels il donne l’indication du sens et de la force du vent. En projetant les indications données sur une carte de France (avec des petites flèches), on peut facilement reconstituer la carte des masses d’air et comprendre la situation météo et son évolution.

  8. Par David Wynot, le 24 avril 2007 à 11 h 26 min :

    Collado, je l’écoute toujours attentivement mais comme toi, je ne me souviens de rien aprés…
    Déja je propose qu’il commence par dire la journée puis de "faire" la nuit dans une 2ème partie plus courte,
    2èmement, il devrait annoncer les régions (on dresse l’oreille pour SA région) avant de dire le temps qu’il fera là…. (attention les nuages ou le soleil sont parfois à cheval sur 2 régions sans les recouvrir totalement)
    C’est une discipline que de construire ses phrase sur une structure définie à l’avance ou avec un terme obligé d’abord mais les poetes, secretaires de redac et publicitaires y arrivent (et meme qqs referenceurs comme moi).
    David

  9. Par Virginie, le 24 avril 2007 à 12 h 22 min :

    bah alors là il faut prévenir Radio France et Joël Collado lui-même parce que je pensais être la seule à n’y rien comprendre, malgré mes efforts de concentration intenses…

  10. Par slapin, le 24 avril 2007 à 13 h 57 min :

    Bien écrit!
    Je suis aussi un fan des radios d’informations… je suis ravi de ne pas etre le seul a zapper pendant la météo et le traffic info.
    J’ai une préférence pour BFM mais je fais le meme constat que toi lors de la météo.

  11. Par titchev, le 24 avril 2007 à 14 h 29 min :

    analyse fine et intéressante, qui me rassure : j’avais honte de zapper la météo même en me concentrant! les arguments de Elie sont très pertinents! merci!

  12. Par Stef, le 2 mai 2007 à 14 h 50 min :

    Et si finalement la météo nous importait peu ? Nous, j’entends les urbains, les suburbains qui sont généralement enfermés à l’abri des nuisances naturelles que sont le trop de pluie, le trop de soleil.
    La météo est encore un autre spectacle. Ce qui nous plaît tant dans cette liturgie, c’est celle qui accompagne chaque spectacle : l’attente de la catastrophe.
    La météo est aux avant-postes de tragédies humaines, elle sait en lire les signes précurseurs et nous fait savoir où les drames sont imminents.
    Le reste du temps, comme le spectacle d’un Grand Prix, c’est du bruit et des statistiques 🙂

  13. Par Dominique Dupagne, le 8 mai 2007 à 5 h 45 min :

    Bonjour

    Je me suis fait la même réflexion que la vôtre il y a quelques années, au point de téléphoner à France Inter pour signaler au commentateur que je ne parvenais pas à suivre ses bulletins. Merci d’avoir structuré mon ressenti 😉

    La question qui se pose est de savoir si ce ressenti est général ou s’il ne concerne que les personnes atteintes de TDAH www3.sympatico.ca/loredu/…

  14. Par Marie, le 28 août 2007 à 21 h 51 min :

    La théorie du chaos … Sérieusement les prévisions météo méritent-elles d’être écoutées attentivement ?

  15. Par Pierre IW, le 9 avril 2008 à 23 h 33 min :

    Lorsque je navigue ou m’apprête à le faire, le bulletin météo-marine est un événement important, préparé et attendu. Il orientera mes décisions compte tenu de mon bateau et de son équipage. La vie est ainsi faite que nous n’avons pas tous le même bateau et encore moins le même équipage. Mais, le bulletin est le même pour tous. Capitaine de grand navire, pêcheur, plaisancier à moteur ou à la voile, nous fondons nos décisions sur la même source.
    Que doit-on attendre d’un bulletin météo ?
    Un bulletin se doit d’être concis, précis avec une synthaxe et une sémantique constante.
    Concis : Il est diffusé sur le canal 16 qui est réservé à l’appel et la détresse (et la veille s’il vous plait !), ce qui ne laisse que peu de place aux divagations de l’âme. (Il y a d’autres canaux pour cela !).
    Précis : les 3 informations importantes : force et direction du vent ; visibilité et état de la mer sont quantifiées sur des échelles connues et immuables.
    Sémantique précise : un mot pour chaque chose et un seul. Nos maîtres nous ont appris à démontrer notre champ lexical dans les rédactions et c’est une grossière erreur d’éducation. Un mot pour chaque chose, et chaque chose a son mot !
    Une synthaxe précise :
    Les informations sont données toujours dans le même ordre : avurnav, avis de tempête, situation, prévision. Et un petit mot gentil pour ceux qui sont en mer à la fin. (c’est la touche poétique).

    Lorsque je capte à terre et loin de la mer le bulletin large, mon esprit s’échappe de notre civilisation urbaine où la technologie gomme "le temps" qu’il fait. Mon esprit divague, je vogue de Rochebonne à Yeu. La terre s’éloigne, je ne vous vois déjà plus mais le bulletin me garde.

    Pierre

Les commentaires sont fermés.