Évolution ou extinction

Par Mickaël Hoareau, le 6 mars 2009, dans .

Ce matin je me suis forcé à lire quelques articles du Sciences & Vie de Janvier 2009 (N°1096) pour me changer les idées avant d’attaquer une journée à base de Python. Je suis tombé sur la rubrique “nos 3 questions à …” où la personne interviewée était ce mois-ci Miroslav Radman, directeur de l’unité Génétique moléculaire, évolutive et médicale de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM). M Radman est un spécialiste de la réparation de l’ADN et membre de l’Académie des sciences.

Pour faire court, à la question “Qu’est-ce qui vous semble important et dont on ne parle jamais ?”, il répond l’évolution. Il argumente ainsi un peu plus loin :

C’est parce que le vivant n’est pas précis, mais flexible, qu’il fonctionne si bien et fait preuve de cette extraordinaire faculté d’adaptation

Je ne sais pas si vous avez eu le même “tilt” que moi en lisant cette phrase, le parallèle avec le web et son évolution est évident. Aujourd’hui, le développement des services en ligne demande moins de précision, en revanche, il demande beaucoup de souplesse, pour s’adapter à la demande, et aux changements technologiques et stratégiques. À l’échelle biologique, les êtres vivants qui n’ont pas su s’adapter (adaptation = erreurs qui apportent un avantage dans l’environnement) ont disparu. À l’échelle du web, la sanction semble être identique.

Et on comprend alors mieux ce que M Radman veut dire quand il explique :

Quand ça va très mal, il y a même des systèmes biologiques qui augmentent les erreurs, ce qui augmente leurs chances de s’adapter

Il faut donc oser partir dans de multiples directions (ce que les êtres vivants font naturellement via des erreurs génétiques) tout en sachant que la très grande majorité de ces directions seront des échecs, mais certaines seront bonnes, et certaines seront la clé de la survie.

Au final, les règles qui régissent l’évolution du vivant s’appliquent très bien à d’autres domaines.

Les acteurs de l’industrie du disque et du cinéma devraient aussi en prendre acte, en ce moment, je les classerai bien volontiers dans la catégorie “En grand danger d’extinction” : ils se bornent à freiner l’évolution de leur environnement. Les mammouths avaient beau être imposants et sembler intouchables, il n’ont pas su évoluer assez vite dans leur environnement qui a changé rapidement (environ 1000 ans). Le smilodon avait beau être un prédateur hors pair possédant des armes redoutables, il n’est plus. Qu’on ne se trompe pas, un individu doit s’adapter à l’environnement pour survivre, et non l’inverse. Il faut être prétentieux pour se croire capable de canaliser toutes les forces, tous les paramètres d’un environnement afin de le maîtriser et de le stabiliser.

Il ne faut pas avoir peur du changement, c’est un processus naturel, et je pense que ceux qui ne l’intègrent pas, quel que soit le domaine, ne peuvent aux mieux qu’espérer ralentir le changement à l’échelle humaine, mais le changement s’opérera.

Il serait amusant de découper l’histoire du web en périodes, comme l’Histoire du vivant. Je suis sûr qu’il y aurait des parallèles intéressants à mettre en évidence.

P.S. : Oui, j’avoue, j’ai longtemps hésité entre faire des études de biologie ou d’informatique. (je ne regrette pas mon choix)

7 commentaire(s)

  1. Par Samuel Martin, le 6 mars 2009 à 16 h 17 min :

    (Hésitation entre biologie et informatique c’était également mon cas).

    “Histoire du web en période”, ça tombe bien je rédige en ce moment un dossier sur le sujet. D’après Kepeklian et Lequeux, il existe 4 périodes :

    Etape 0.5 – Préhistoire – Web passif

    Etape pré-historique du web. La simple importance du moment était de pouvoir afficher à distance une page HTML disposant de liens et d’images

    Etape 1.0 – Web actif

    La page HTML devient active, dans le sens où la page ne sert plus seulement à présenter du contenu, comme pour un livre. Le Web n’est plus unidirectionnel, il est enfin possible de saisir des formulaires, d’envoyer des mails.

    Etape 1.5 – Web intéractif

    On nomme web intéractif, la faculté des pages à s’appuyer côté serveur sur des systèmes de gestions de bases de données, mais également avec d’autres types d’applications sous quelques formes qu’elles soient.

    Etape 2 – Web réactif

    La page Web permet la réactivité de l’utilisateur final, par contribution à des blogs et des wikis, par personnalisation de sa page d’accueil. L’internaute passe ainsi du rôle de spectateur au rôle d’acteur.

    (5ème période en cours : Web senso -réactif: où l’on passe peu à peu de la donnée vers l’intelligence, mais il reste du chemin)

  2. Par Damien Goubeau, le 7 mars 2009 à 10 h 19 min :

    Idem pour l’hésitation (d’ailleurs, les filières de bio-informatiques n’étaient pas encore bien dessinées à l’époque, à mon grand regret).

    Finalement, le parallèle entre l’évolution du vivant et du Web est logique vu la ressemblance de sa structure : Le Web a la chance (contrairement à beaucoup d’autres domaines) d’évoluer grâce à des communautés de développeurs (grâce au développement des logiciels libre, notamment), tout comme dans la vie, la moindre bactérie a la chance et le pouvoir de muter de manière bénéfique et éventuellement de transmettre cette évolution.

    Moralité tant qu’un domaine reste aux mains d’acteurs de petite taille, son adaptabilité, sa chance de survie à la pression de sélection restent grandes. Dès que celui-ci est au main de quelques Majors (cf industrie du disque, de l’automobile), il se “dinosaurise” et risque la fatale disparition.

    Merci pour l’article très intéressant.

  3. Par sanvin, le 7 mars 2009 à 18 h 49 min :

    bonjour,
    moi, j’ai fait des étude de bio(chimie) et ensuite, tardivement (26 ans) et fortuitement, j’ai fait du Web et de l’accessibilité 8ans après…
    je ne le regrette pas non plus !
    @Samuel : je sais pas où on peut le mettre, mais je vois aussi une phase de “Mash-up Web” : on agrège des services pour faire un autre service (site) à la valeur ajouté supérieure. On utilise des composants (services) tout fait !?

  4. Par eric, le 9 mars 2009 à 12 h 03 min :

    Si l’on part dans des comparaisons de ce type il me semble aussi qu’un focus sur les insectes sociaux est particulièrement pertinent.
    Tout comme les humains de nos jours leurs intelligences et savoir faire ne sont en rien individuelles mais uniquement collectives. Chaque individu travaille dans son coin de manière à priori non concertée avec les autres, mais le travail de tous (dont les erreurs de beaucoup) permettent grâce au nombre de réaliser des choses inespérées et inatteignable par chaque individus. Cela rejoint un concept de “simplexitude” où comment la vie est de plus en plus simple pour nous alors que nous employons des outils de plus en plus complexes que chacun d’entren nous est incapable de réaliser tout seul… Dans toutes ces comparaisons il est intéressant de noter deux choses à mon avis. D’une part c’est le nombre qui permet l’évolution (plutôt rassurant pour le web avec de plus en plus d’internautes…), et il n’existe pas vraiment d’erreurs du point de vue de l’absolu, le succès de tout ce que nous entreprenons ne dépend pas tant de ce que nous avons entrepris mais surtout du contexte dans lequel cela l’a été. Autrement dit, toutes les expériences, même les plus (à priori) sogrenues doivent être tentées, ce sont des tentatives les plus vaines à priori que ressortiront les meilleures choses…
    La biologie et les sciences de la vie ont le bon ton de nécessiter une bonne dose d’humilité et une envie constante de se questionner !

  5. Par Oric, le 10 mars 2009 à 14 h 12 min :

    Steve Krug dans “Dont Make Me Think” titre un de ces chapitre “We don’t figure how things works. We muddle through.”
    Il explique que quelque soit les compétences d’un designer, l’utilisateur :
    1) n’utilisera une interface jamais exactement comme attendu
    2) si possible, trouvera d’autres stratégies pour arriver tout de même à ses fins

    Donc d’une part l’utilisateur se trompe mais s’adapte si le design est suffisamment souple pour le permettre.
    D’autre part, le designer “se trompe” mais les erreurs et surtout les stratégies de l’utilisateur pour contourner une difficulté sont autant d’indices pour <strong>améliorer</strong> un design <em>imparfait</em>.

    Conclusion, c’est plus le processus continue que le résultat qui est intéressant.
    Peut-on garantir que la meilleur solution donnera le meilleur résultat ? Ou doit on garantir que la démarche d’amélioration mise en place donnera dans tous les cas un résultat de plus en plus satisfaisant ?

    En fait, ça rejoint le discours d’Elie sur l’amélioration continue et la certification de moyens.

    Je suis convaincu que c’est là que sont les voies de l’évolution du web et que les autres seront vouées à l’extinction.

    Merci Elie 😉

  6. Par Mickael Hoareau, le 13 mars 2009 à 3 h 45 min :

    Merci pour tous vos commentaires, tous très intéressants, je ne pensais que mon article qui était un peu “hors norme” allait intéresser et faire réagir. 🙂

  7. Par Mickael Hoareau, le 14 mars 2009 à 2 h 18 min :

    Des dessins par Flock (clubic.com)
    qui illustrent très bien mes propos.

    http://tinyurl.com/bg4yhy

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