Coûts et bénéfices de l’accessibilité

Par Élie Sloïm, le 23 avril 2009, dans .

L’an dernier, au cours d’une mission d’audit menée par Temesis pour le groupe La Poste, j’ai eu l’occasion de produire un texte sur les coûts et bénéfices de l’accessibilité. Ce texte était intégré à des rapports de synthèse pour les décideurs. Il a été produit sur la demande et avec l’aide de Julien Perben, de la direction du handicap du groupe La Poste. Avec son accord, je me permets de vous en faire profiter. Sentez vous libre de le reproduire et de le faire lire à vos collègues, mais n’oubliez pas de citez vos sources 😉

La démarche d’amélioration de l’accessibilité présente des enjeux financiers importants. Elle mobilise des ressources non négligeables à court terme. Toutefois, elle permet également de faire des économies sur le long terme. Voici les différents postes associés aux dépenses et certains des retours sur investissements prévisibles.


Coûts prévisibles

  • Formation et communication : selon le niveau initial des développeurs, graphistes, rédacteurs, il est quelquefois nécessaire de mettre en place des actions de sensibilisation et de formation permettant à tous les acteurs impliqués de connaître les bases de la démarche accessibilité. Il est également nécessaire de veiller à ce que l’ensemble des acteurs internes et externes soient informés des impératifs et des principes de l’accessibilité numérique.
  • Conseil et assistance : la conjonction des impératifs marketing et du respect des régles d’accessibilité nécessite très fréquemment des arbitrages. Cette expertise peut également être nécessaire pour la production des cahiers des charges ou leur exploitation. Ces arbitrages se font généralement au coup par coup, et peuvent mobiliser une expertise interne ou externe.
  • Temps de développement et de mise en conformité : la reprise des pages existantes pour la mise en conformité peut représenter une charge importante. Le temps initial de développement de pages accessibles peut également représenter un surcoût par rapport au développement des mêmes pages sans préoccupation spécifique en matière d’accessibilité.
  • Recettes, audit : les contenus des sites de grande ampleur sont très fréquemment actualisés. De nouvelles pages sont régulièrement mise en ligne et le contenu des pages existantes est régulièrement modifié. Chaque modification peut faire apparaître de nouvelles erreurs. Il est donc nécessaire d’introduire dans le processus de production et de maintenance des étapes de test, de recette, ou de validation des contenus produits ou mis à jour, ce qui peut représenter un coût non négligeable (même à long terme).
  • Déclaration de conformité et/ou labellisation : dans le cas des sites du secteur public, l’entité responsable du site devra sans doute prévoir de remplir une déclaration de conformité conformément aux dispositions prévues par le décret d’application (en attente de publication) de la loi de février 2005 sur l’égalité des chances. pour les sites publics comme privés, le démarche peut également être complétée par une démarche de labellisation par un acteur indépendant. Ces deux actions mobilisent des ressources humaines et financières.

Bénéfices à attendre

  • Amélioration du référencement : une partie importante des critères d’accessibilité ont pour objectif la prise en compte et l’indexation des contenus par des machines. En rendant conformes ces critères, la démarche accessibilité améliore le référencement.
  • Optimisation de la taille des pages : les techniques de mise en accessibilité des contenus reposent en grande partie sur la séparation du fond de la forme. Les instructions de présentation sont isolées des contenus et ne sont chargées qu’une fois, au début de la navigation sur le site. Cette démarche permet de diminuer considérablement la taille des pages, la vitesse de chargement de chacune d’entre elle, et les frais d’hébergement . Cette diminution peut représenter des sources d’économies très importantes.
  • Augmentation de la cible et prise en compte des contextes de navigation : la séparation des contenus et de la présentation permet également de proposer des présentations et des contenus adaptés aux supports de consultation (terminaux mobiles, consoles de jeux, WebTV, mutualisation ou reprise de contenus par les utilisateurs ou d’autres sites…). Cette opération de séparation du fond et de la forme ne rapporte pas forcément directement, mais elle permet de diminuer considérablement les coûts de communication en mode multi-canal.
  • Possibilité de communiquer sur l’accessibilité et avantage concurrentiel : l’accessibilité d’un site peut représenter un enjeu de communication important. A travers cet aspect, c’est l’image de toute l’entreprise qui est en jeu, et notamment ses préoccupations éthiques et déontologiques. Cet aspect permet aux administrateurs de sites accessibles de communiquer à la fois sur le travail effectué et sur la vocation universelle des services en ligne proposés.
  • Réutilisabilité du code, optimisation des processus : le respect de référentiels d’accessibilité permet d’harmoniser les pratiques ergonomiques et de développement. Le code produit répond à des règles communes, ce qui permet d’améliorer sa réutilisabilité dans les projets futurs. Les parcs de sites sont quant à eux plus homogènes sur le plan ergonomique, puisqu’ils respectent des règles communes.
  • Indépendance vis-à-vis des prestataires et normalisation du travail avec les partenaires : le respect de règles définies dans un référentiel commun a également des effets positifs dans les relations avec les prestataires et partenaires. La normalisation du code permet de changer de prestataires plus facilement en diminuant le temps de compréhension et de prise en main par les nouveaux prestataires. Les partenaires (notamment les fournisseurs de contenus) peuvent être informés à l’avance de spécifications communes à tous les sites accessibles, et faciliter ainsi l’intégration de nouveaux contenus.

Voilà. Si vous avez d’autres arguments complémentaires, n’hésitez pas à nous en faire part.

12 commentaire(s)

  1. Par Olivier G., le 23 avril 2009 à 17 h 14 min :

    Dans les bénéfices, il ne manquerait pas quand même d’une part le fait que le site soit (plus facilement) utilisable par des personnes handicapées, d’autre part que son utilisabilité s’en trouve en général améliorée pour les “valides” ?

  2. Par Olivier G., le 23 avril 2009 à 17 h 19 min :

    Ah si, tu peux ajouter aussi que la formation des intervenants permet de produire un contenu mieux maîtrisé et plus cohérent (tu parle du code, mais pas du contenu), et de faire communiquer plus facilement les différents métiers.

  3. Par Nicolas Hoizey, le 23 avril 2009 à 17 h 29 min :

    Olivier, pour ce qui est de l’utilisation par les handicapés, il me semble que ça rentre dans le bloc « Augmentation de la cible », mais c’est vrai que citer les terminaux braille et synthèses vocales aux côtés des « terminaux mobiles, consoles de jeux, WebTV » aiderait à fixer l’idée.

    Pour ce qui est de l’utilisabilité par les « valides », je ne pense pas malheureusement que ce soit généralisable, on voit des horreur très accessibles aux handicapés utilisant les clients sus-cités, mais inutilisables dans un navigateur « standard ».

    Pour finir avec un hors sujet, ce textarea de commentaire mériterait d’être élargit, ce serait plus ergonomique ! 😉

  4. Par Laurent Denis, le 23 avril 2009 à 17 h 45 min :

    Le premier coût le plus délicat, ou recouvrant des coûts cachés, est “Conseil et assistance”. Ce n’est pas le conseil qui sera d’un coût difficile à maîtriser naturellement, mais la manière dont il sera utilisé, en fonction des pratiques internes. Je vois fréquemment des projets être plus ou moins efficaces dans leur recours à l’assistance, et dans l’exploitation des retours de celle-ci. Finalement, le coût réel qui se trouve derrière cette question est celui de la maturité de la démarche : l’expérience en matière d’acceptation des abritrages d’accessibilité diminue considérablement le coût des échanges liés à ceux-ci.

    On pourrait dire, d’une certaine manière: plus on le fait, moins c’est douloureux, parce que plus on est habile. Et à un moment donné, cela devient même rentable.

  5. Par Frank Taillandier, le 23 avril 2009 à 18 h 06 min :

    @Olivier G. C’est tout le paradoxe : à force de s’entendre répondre par les clients que “nos visiteurs ne sont pas aveugles et ce n’est pas notre cible de toute façon”, tu en viens à devoir sortir le gros arsenal pour vendre de l’accessibilité. Elie le fait très bien d’ailleurs.

    @Nicolas Hoizey : Maintenant que tu le dis c’est vrai que ce formulaire de commentaires pourrait avoir des champs input alignés.

  6. Par Elie, le 23 avril 2009 à 18 h 23 min :

    @tous : en fait, je me suis habitué à ne pas trop parler des personnes handicapées quand je parle de coûts et bénéfices. Je n’aime pas jouer sur cette corde éthique, parce que je ne connais jamais la sensibilité de mes interlocuteurs. Dès que je pars dans ce domaine, je rentre dans l’affect. La seule exception que je m’accorde, c’est lorsque j’explique que 20 000 enfants sont aveugles en France, et qu’ils sont nés avec le net. Je préfère séparer l’explication du handicap, l’explication des avantages de l’accessibilité numérique pour le traitement du handicap, et l’explication des questions des coûts et bénéfices. Ca me permet d’éviter que les discussions ne partent en vrille. Mais l’accès à tous possède évidemment des avantages, et pas seulement financiers. Il m’arrive de les lister aussi. Un prochain billet ?

  7. Par Nicolas Hoizey, le 23 avril 2009 à 19 h 35 min :

    @Franck non seulement alignés, effectivement, mais le textarea plus large ce serait pas mal aussi. C’est pas une bonne pratique Opquast, ça ? 😉

  8. Par Elie, le 24 avril 2009 à 8 h 25 min :

    @tous : bon, ok, on a plus qu’à améliorer ce formulaire tout pourri 😉

  9. Par Nicolas Hoizey, le 24 avril 2009 à 9 h 56 min :

    _o/o_

  10. Par Denis Boudreau, le 24 avril 2009 à 16 h 37 min :

    Très intéressant, comme toujours. 🙂

    En complément, je te propose un article sur le site d’AccessibilitéWeb qui traite justement des bénéfices de l’accessibilité. C’est un peu incomplet et ça commence à prendre de l’âge, mais je crois que ça vaut tout de même le détour, ne serait-ce que parce que ça tente de chiffrer certains coûts.

    http://accessibiliteweb.com/fr/acce

  11. Par goetsu, le 26 avril 2009 à 13 h 24 min :

    et pourquoi pas un doc collectif (wiki ou google doc) plutot et en faire un article openweb

  12. Par Elie Sloim, le 26 avril 2009 à 14 h 01 min :

    @Goetsu : je crois que Pierre Guillou va travailler sur ce type de réflexion, ça n’est peut-être pas la peine de lancer plusieurs intiatives de ce type. Sinon, pour OpenWeb, je suis ok, je le propose de ce pas.

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