WCAG 2.0 : applicables en l’état ?

Par Élie Sloïm, le 25 mai 2009, dans .

Suite au message d’un spécialiste de l’accessibilité sur la liste accessibilité numérique, j’ai pris un moment pour rédiger une réponse sur une question fondamentale : les standards internationaux WCAG 2.0 sont-ils un ensemble d’outils suffisants pour déployer l’accessibilité sur un parc comportant des milliers de sites publics ? La question sous-jacente est finalement : allons-nous avoir besoin de méthodes d’application comme le RGAA ou Accessiweb ?. Pour moi, la réponse est oui, mais le débat est ouvert.

Alors, voilà, ça peut sembler tout simple. Si j’en crois le message de X, les WCAG 2.0, partie normative et autres) sont des documents faciles et suffisants à appliquer en l’état. Cela laisse également penser qu’il n’y aura pas besoin (en France ou ailleurs) de liste de tests unitaires ou de méthodes d’application.

En ce qui me concerne, je vais le dire publiquement : je ne suis pas capable de déployer l’accessibilité numérique à grande échelle, puis d’affirmer avec certitude qu’un ou plusieurs sites sont parfaitement conformes en ayant uniquement en main l’ensemble des documents WCAG 2.0. (d’ailleurs, ce n’est pas leur objectif, ce sont des recommandations et non des spécifications).

Cela fait plusieurs mois que nous décortiquons cette famille de documents au mot près (sans compter que nous avons bien suivi la production des documents en eux-mêmes, et que nous participons à leur traduction). Je peux vous dire que nous avons des arguments sérieux pour dire qu’une liste de tests unitaires fera le plus grand bien à tout le monde. Voici au moins trois arguments sérieux :

  • La partie normative des WCAG2 est indépendante des choix technologiques
  • Les documents d’accompagnement de cette partie normative, consacrés en particulier à la base technologique XHTML CSS, ne proposent aucune méthode d’évaluation de l’accessibilité
  • Ces documents d’accompagnements proposent un certain nombre de pistes de déploiement, certaines étant prospectives.

Si des experts top niveau ont mieux compris que nous, et qu’ils n’ont pas besoin de méthode d’application, tant mieux pour eux. Ils arriveront certainement à faire croire ça à leurs clients. De là à prétendre que les tests unitaires du RGAA (ou toute autre méthode d’application, je pense notamment à Accessiweb) n’ont aucune utilité, soit c’est du à une franche méconnaissance des documents de référence, soit c’est carrément de la mauvaise foi.

Utilisez Accessiweb 1.1, utilisez les tests du RGAA V1, et j’espère rapidement du RGAA V2, vous allez rendre vos sites accessibles, et ça fait bien longtemps que c’est possible, mais de grâce, qu’on arrête de faire croire que la conformité directe à un ensemble de recommandations faisant abstraction des technologies est possible (voire même facile). Qu’on arrête également de faire croire qu’une liste de techniques constitue une méthode de déploiement.

Un seul conseil : faites l’inventaire des documents WCAG 2.0 nécessaires pour la mise en accessibilité, et donnez-les au webmaster d’un site de mairie d’une ville de taille moyenne voire à un développeur d’agence web. Donnez-lui le “corps normatif“, les “how to meet“, les “techniques et les failures“. Pourra t-il s’en sortir seul ? Non. Pourra t-il se faire aider par un expert ? Non, parce que ces experts sont chers, et parce qu’il n’y en aura pas assez. Sans méthode d’application, nous n’irons pas loin. Et s’il y a des experts qui veulent infirmer ou confirmer techniquement ce que j’affirme dans ce message, je ne demande qu’à être démenti. Croyez-moi, ce serait pour moi une excellente nouvelle.

2 commentaire(s)

  1. Par Denis Boudreau, le 25 mai 2009 à 18 h 41 min :

    Je crois que dans un contexte de production industrielle, il est impossible de prendre des recommandations et les transformer, à la lettre, en obligations. Les contextes de production et les relations clients-fournisseurs sont trop complexes pour une vision aussi binaire du monde.

    La réalité de la chaine de production, les impondérables d’une organisation et les contraintes de ressources et de budget feront toujours en sorte qu’il sera impossible d’appliquer intégralement WCAG 2.0 à chaque projet. Cependant, comme base pour établir un cadre normatif, on ne peut espérer mieux que ce qu’à produit le W3C. C’est d’ailleurs pourquoi des cadres comme RGAA et SGQRI 008, malgré leurs défauts, peuvent exister et avoir à toutes fins pratiques, une réelle vie utile.

    À mon humble avis, les interprétations locales basées sur le travail du W3C font le pont entre la théorie mise en place par le W3C et la réalité de la production dans les tranchées.

  2. Par Vincent François, le 26 mai 2009 à 5 h 40 min :

    En en discutant avec Denis Boudreau plus tôt, il me semble qu’on pourrait créer un filtrage des règles orienté vers la personne en charge du site : l’utilisateur semi-professionnel aurait son jeu de règles, l’agence Web en aurait un plus complet, l’expert ou le fabricant d’outils de gestion de sites Web les auraient toutes.

    Évidemment au risque de ne pas être exhaustif du côté des bénéficiaires des règles d’accessibilité, mais en permettant une meilleure entrée en matière de ceux qui voudraient bien qui peuvent point (air connu)…

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