CSUN San Diego : le bilan

Par Élie Sloïm, le 27 mars 2018, dans .

Comme je vous l’indiquais dans mon précédent billet, j’ai passé la semaine dernière à San Diego, où je donnais une conférence dans le cadre du rendez-vous annuel des spécialistes de l’accessibilité et des technologies d’assistance. Voici un petit bilan de cette semaine.

J’avais beau être prévenu, notamment par Olivier Nourry, l’ampleur et la richesse de la conférence sont vraiment impressionnantes. Il y a plusieurs centaines de sessions, 7 à 8 sessions simultanées sur trois étages et deux ailes du Grand Manchester Hyatt de San Diego, des salles sponsors énormes, de nombreux exposants, un nombre considérable d’entreprises et d’acteurs de l’accessibilité et surtout, il y a énormément de personnes handicapées, avec tous types de déficiences et tous types d’équipements. Certains sont des professionnels de l’accessibilité mais d’autres sont de simples utilisateurs de technologies d’assistance.


Badge speaker Csun 2018 (Mon précieux)

Des approches diverses

L’une des principales choses qui m’ont frappé est la diversité des approches d’amélioration de l’accessibilité. Certains chantiers concernent les technologies d’assistance et les équipements. D’autres approches se penchent sur les formats de livres numériques, c’était le cas de l’équipe de l’Association Valentin Haüy croisée sur place. D’autres s’intéressent aux droits, aux responsabilités, aux aspects légaux. D’autres enfin s’intéressent évidemment aux sites web et applications. Dans cette dernière catégorie, il y a évidemment toutes les conférences qui sont de près ou de loin reliées aux WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) et à leur évolution. Tout ces approches vivent très bien ensemble, semble t-il.

Conformité aux standards

À l’évidence, l’approche liée à la conformité des sites est toujours très présente, aussi bien du point de vue légal (déclarations de conformité) qu’opérationnel (démarches de mises en conformité). Mais cette approche n’est absolument pas exclusive, on sent très bien pointer des sujets de management de l’accessibilité focalisées notamment la stratégie, la formation et la certification et bien sûr la communication.

Il y a également un grand nombre de conférences qui pointent le besoin de compléter l’approche WCAG par une approche utilisateur. Dans ce mouvement, il y les conférences qui conseillent d’aller plus loin que WCAG en les complétant d’autres exigences, celles qui préconisent de développer les tests utilisateurs avec des personnes handicapées et celles qui replacent l’accessibilité dans le contexte plus large du design inclusif. La conférence que j’ai donnée, dédiée à l’amélioration de la qualité du Web se classe plutôt dans ces dernières catégories.

Conférence Qualité Web – Opquast

Justement, en ce qui me concerne, j’avais choisi de parler de qualité Web et d’insister sur l’importance fondamentale d’élargir la vue actuelle de l’accessibilité très centrée sur l’interface utilisateur pour l’amener sur le terrain de l’expérience utilisateur, handicapé notamment, mais pas seulement. La conférence s’intitulait : Web quality Management : improving UX for everyone. En français : « Gestion de la qualité Web : améliorer l’UX pour tous. »

Ma conférence n’étant pas dédiée à l’accessibilité au sens strict, je m’attendais à avoir peu de monde et un intérêt poli. À ma grande surprise, à 13h20, heure de début de la conférence, la salle était pleine, les portes ont été fermées, et j’ai su par la suite que plusieurs personnes étaient restées à la porte. C’est d’autant plus inattendu que j’avais fait très peu de publicité pour la session et que par ailleurs, j’ai vu que de nombreuses sessions n’étaient pas pleines.

Ma conférence commençait avec plusieurs exemples de cas où des utilisateurs handicapés peuvent avoir des problèmes considérables sur des interfaces utilisateur alors même que celles-ci sont conformes aux WCAG (ou pas). C’est cette partie qui me semblait la plus délicate et j’avais consulté plusieurs experts accessibilité sur ce sujet (merci Laurent, Aurélien, Tanguy et Olivier). Pendant la conférence mais plus globalement tout au long de la semaine, j’ai eu l’occasion de vérifier la pertinence de mon approche auprès de nombreux professionnels, mais aussi et surtout auprès d’utilisateurs aveugles ou moteurs, notamment ceux qui étaient présents à ma conférence. Pour chaque exemple et pendant la conférence, j’ai pu faire valider à la volée par les principaux intéressés (des personnes aveugles présentes dans la salle) que les points cités étaient bloquants ou au minimum très pénalisants.

Voici les slides de ma conférence. Une transcription est disponible dans les notes.

Sur le fond, ce que je retire de cette conférence mais plus globalement de la semaine, c’est l’excellent accueil de l’approche qualité Web, notamment autour du modèle VPTCS (Visibilité, Perception, Technique, Contenus, Services). L’approche Opquast intéresse, certes, mais c’est vraiment ce modèle qui semble apporter la principale avancée pour les professionnels rencontrés. J’ai eu des réactions très enthousiastes sur cet aspect particulier, je pense que ce modèle produit en 2000 (!) répond à une préoccupation actuelle.

Télécharger l'image VPTCS - Visibilité - Perception Technique Contenus Services

VPTCS – Visibilité – Perception Technique Contenus Services – © Elie Sloïm – Croquis Suzanne Decreme

Ce que j’en déduis – et cette opinion semble assez partagée – c’est qu’il est temps de travailler (aussi) sur la capacité des utilisateurs handicapés ou non de mener à bien leurs activités en ligne. En l’occurrence, il est temps de comprendre que le Web n’est pas un simple outil d’accès à des contenus en ligne mais aussi, et surtout, et de plus en plus, un moyen d’accès à des services qui débordent dans la vraie vie. Le modèle VPTCS le montre assez clairement.

Pour vous en convaincre, pensez au nombre de fois où votre objectif sur le web dépasse la simple consultation de contenus. Proposer un produit ou mettre à disposition une offre d’emploi en ligne est une chose ; faire en sorte que tous les processus se déroulent sans encombre (mails, courrier, envoi, logistique, financier, sécurité, vie privée, etc.) en est une autre.

En bref, je tire un excellent bilan de cette semaine, il me semble que c’était un jalon important pour le futur d’Opquast. J’ai fait beaucoup de rencontres, quelquefois de personnes très importantes dans notre secteur. J’ai eu de nombreux échanges – notamment auprès de personnes handicapées – qui m’ont permis de vérifier que notre approche pragmatique et tolérante centrée sur l’amélioration de la qualité globale apporte de la valeur aux professionnels de l’accessibilité.

Merci à Denis Boudreau pour la relecture et Nicolas Steenhout, Karl Groves, Patrick MacGovern et Heorges Joeckel pour le bon esprit et les encouragements.

2 commentaire(s)

  1. Le parfait modèle pour penser UX et sortir de la « simple » vue de l’interface. Je le présente à chaque formation et c’est toujours un succès. Bravo pour le VPTCS, on ne s’en lasse pas 😉

Les commentaires sont fermés.