Standardiser le vocabulaire des métiers du Web

Par Élie Sloïm, le 26 août 2008, dans .


A l’évidence, les processus de création et de maintenance des services en ligne sont en train de se normaliser. Ils deviennent de plus en plus maitrisés, de plus en plus répétables, de plus en plus clairs. Pourtant, au quotidien, les projets Web souffrent encore de nombreuses carences. Les retards sont fréquents, les déceptions sont nombreuses, les coûts de non-qualité représentent encore des montants importants. Il existe une multitude de raisons à cet état de fait : diversité des contextes de diffusion, temps d’apprentissage du nouveau media, défauts de spécifications, absence de standards unifiés et appropriés, je pourrais en citer bien d’autres.

Aujourd’hui, je voudrais évoquer une autre cause, bien plus simple et tout à fait classique dans une phase simultanée d’innovation et d’industrialisation : l’absence d’un vocabulaire commun dans les projets Web. Cette cause a un effet principal, l’incompréhension entre les acteurs projets, et des effets secondaires, un grand nombre de retards, échecs ou déceptions. Je crois qu’il est temps de standardiser le vocabulaire des projets Web. Je ne sais pas s’il existe ce type d’initiative unifiée. Si ce n’est pas le cas et que ce billet pouvait faire avancer les choses, j’en serais absolument ravi et j’attends votre avis sur la question.

Le vocabulaire des projets Web est absolument considérable. Pour rentrer dans le vif du sujet, je vais tenter d’établir une première classification. Pour ceci, je vais lister les différents aspects qui devraient selon moi être explicités. Cela nous donnera peut-être un début de structure :

  • Les métiers : designer Web, intégrateur, développeur, chef de projet Web, e-logisticien, qualiticien Web, référenceur, contributeur, ergonome, designer d’interactions, créateur multimedia.
  • Les phases de processus : design, intégration, rédaction du cahier des charges, définition des spécifications, recettes, audit, maintenance…
  • Les types d’outils : systèmes de gestion de contenu, logiciels de création HTML, logiciel qualité, logiciels d’optimisation, logiciels de syndication
  • Les services en ligne : site Web, syndication, e-commerce, forum, blog, intranet, internet…
  • Les objectifs : accessibilité, ergonomie, qualité de service, qualité Web, positionnement, référencement, respect des standards (conformité)…
  • Les acteurs : SSII, DSI, direction TIC, direction communication, agence Web, agence de communication
  • Les supports de diffusion : mobile, WebTV, console de jeux, PC, notebooks…
  • Les techniques et leurs objets : menu déroulants, menus dynamiques, listes déroulantes, combobox, selectbox

L’ensemble de ces termes sont actuellement utilisés à longueur de cahiers de charges, de réunions, de recettes, d’audit, alors qu’il n’ont pas forcément le même sens chez les maitres d’oeuvre et les maitrises d’ouvrage, dans les agences Web, les agences de communication, les SSII. Au quotidien, je suis assez bien placé pour mesurer à quel point les acteurs du projet ont eux-même ont un rôle souvent flou, et qui évolue en permanence.

Alors, certes, l’ensemble de ces termes sont définis ici et là, mais il manque à l’évidence un vrai standard en matière de vocabulaire dans ce domaine. Comme d’habitude, deux solutions s’offrent à nous :

  1. Attendre que les métiers soient mûrs et qu’un standard international propriétaire et payant sorte sur ce sujet ;
  2. Commencer dès maintenant à écrire collaborativement un standard ouvert, non propriétaire et évolutif ;

Vous l’aurez deviné, je suis très favorable à la deuxième solution, et si ce sujet vous inspire, laissez vos commentaires à ce billet. S’il s’avère que je ne me trompe pas et que ce thème est fondamental, je pense que Temesis pourrait mettre à disposition un outil dédié à une création collaborative libre.

Crédit illustration : © julien tromeur – Fotolia.com

15 commentaire(s)

  1. Pas bête, mais comme toujours les mêmes termes peuvent recouvrir des réalités différentes selon le contexte, et pourquoi pas même selon la taille de la boîte.

    Par exemple chez un grand compte un web designer est un graphiste, dans une PME c’est la concentration en une seule personne de toute la chaîne de production (graphisme, codage HTML, récupération de bouts de Javascript, intégration d’un back office en PHP, etc.).

    De même, "développeur" est un terme fourre-tout qui recouvre aussi bien le développeur Java qui voit le HTML comme un genre d’effet secondaire de son développement (le chaînon manquant entre son appli et le client, quoi), que le développeur côté client, terme pour lequel je milite depuis plusieurs années qui recouvre aussi bien la maîtrise du HTML (tant sa validité que sa "sémantique") que celle du Javascript et des CSS, sans compter celle des bugs et autres joyeusetés des navigateurs. Or cette dernière compétence est le cauchemar des développeurs Java avec qui je travaille.

    À l’inverse de ta proposition, les termes fourre-tout permettent aussi de ne pas segmenter à outrance des métiers encore pas mûrs. Développeur côté client, on vient de le voir, c’est à peu près défini. Mais quid de développeur Flash ou Flex ? Où est la limite entre graphiste, designer, développeur ?

    (voilà, commentaire ouvert – et à la relecture, pas forcément productif, mais qui peut éclairer la vision de gens qui ne sont qu’en PME ou à l’inverse de gens qui ne connaissent que les grands groupes).

  2. Je pense aussi qu’il est nécessaire de mener à bien une vulgarisation et standardisation de ces termes.

    Cet article tombe "bien" car, élie, je t’ai envoyé un email récemment (via le formulaire de contact d’OpenWeb, j’avais peur de déranger plus de monde que nécessaire avec l’adresse contact@temsis.com) concernant des définitions de mots tels que utilisabilité, ergonomie, etc. As-tu eu le temps de le lire ?

  3. C’est un sujet déjà ancien et toujours d’actualité. Une partie de la réponse a été apportée en 2002 par le projet NAME, Nomenclature Analytique du Multimédia Européen, piloté par feue l’association Aquitaine Multimédia avec une douzaine de pays. Le site web subsiste http://www.namemultimedia.com et apporte en plus un utile traducteur des tâches des métiers du multimedia. Mais comme tout projet européen, aucun financement n’a été apporté pour tenir à jour ce référentiel.

    La méthode inventée à cette époque a été instrumentée depuis dans l’outil adequaskill observer, et une enquête tâchant d’étudier statistiquement ce que contiennent les métiers du secteur de la formation est en cours avec plus de 1300 réponses (http://www.adequaskill.com/prosp...
    L’idée de base est comme le spécifie stéphane ci dessus, qu’un métier se définit (notamment) par les tâches exercées et qu’une même appellation peut recouvrir des réalités différentes. En travaillant statistiquement, on permet de déceler des familles d’appellation qui recouvrent des réalités similaires et de détecter des ensembles de tâches exercées qui correspondent davantage à une autre appellation que celle déclarée sur le bulletin de salaire…
    La récolte des réponses est collaborative, mais l’analyse des statistiques est un sacré boulot d’expert ! Et il reste encore des notions à valider scientifiquement comme les "distances" entre métiers…
    Ce qui serait intéressant serait justement d’ajouter les outils maîtrisés…

  4. Bonjour,

    Je suis assez d’accord avec Stéphane, bien difficile d’imaginer actuellement un vocabulaire métier normalisé dans ces domaines.

    Comme tu le dis et tu as raison, il n’y a pas grand chose de commun entre une SSII qui fait du web et une agence Web qui fait du dev.

    Mais, en revanche, je suis totalement d’accord pour tenter de défricher ce terrain qui reste une des grandes difficultés de notre métier.

    De mon point de vue l’approche processus est peut-être la plus intéressante car ce que je constate quotidiennement c’est que les "métiers" sont plus liés à l’usage qu’à la fonction.

    Jean-Pierre

    @ Stéphane : j’adore "l’effet secondaire Html", c’est tellement vrai 🙂 😉

  5. Merci à tous, à peine quelques heures après la publication, j’ai déjà appris énormément grâce à vos remarques. C’est vraiment très riche. Je ne connaissais ni l’initiative des travailleurs du Web, ni celle de NAME. J’attends encore ce qu’en disent les autres lecteurs, et j’essayerai de faire une petite synthèse de tout ça.

  6. J’allais rappeler le formidable travail d’Aquitaine Multimédia sous la direction méthodologique de Jacques, mais il s’est servi lui même 😉 On n’est jamais mieux…
    Il est certain qu’en cette matière mouvante que sont les compétences et fonctions, il est plus qu’important de disposer non seulement d’un référentiel, mais aussi d’une méthode de traçabilité.

  7. Pour le grand public, les métiers du web sont peut-être perçus comme ceci (touche d’humour): http://www.monster-munch.com/ima... (en)

    Le ministère de la recherche et la "délégation internet" (?) ont lancé un site web il y a quelques mois: le Portail des Métiers de l’Internet http://www.metiers.internet.gouv... qui n’a pas l’air très actif (sans en faire la com’, forcément …) mais qui semble tout de même se remplir petit à petit.

  8. +1 pour l’initiative. Prêt à donner un coup de main pour la réflexion/rédaction.

    Les métiers ont des appellations complètement différentes selon le secteur (conseil, exécution, etc.), la taille ou le type de l’entreprise.

    C’est d’autant plus intéressant d’essayer de standardiser des fiches métiers (ou au moins des appellations) afin que les gens comprennent mieux les tâches de chacun et de mettre en lumière certains postes dit "émergeant" (sound designer, architecte de l’info, etc.)

  9. Très intéressant.
    – J’ajouterai aussi dans la liste une définition commune des livrables d’un projet web : certains livrables peuvent porter des noms différents d’un interlocuteur à l’autre, et à l’inverse, un même terme peut signifier des livrables très différents d’une personne à l’autre.
    – Personnellement, je mettrai les Designers Interactifs dans la boucle…

  10. … au risque d’enfoncer une porte ouverte : quand nous parlons de vocabulaire et de sens nous sommes en plein dans un des aspects de l’accessibilité, non ?.

    Quant au vocabulaire spécifique aux métiers du web, je me demande si, en plus de la difficulté de le normaliser pour les gens du sérail, le plus grand enjeu n’est pas de le rendre accessible à tous (ceux qui sont des clients, des utilisateurs …).
    La partie n’est pas gagnée d’avance, surtout quand on se rend compte que des mots de "sens commun" ont été dévoyés à l’usage, dans le microcosme de l’informatique et du web.

    Qui de commun par exemple entre un architecte (sans même parler du Grand Architecte…) qui, dans dans le sens commun, recouvre une fonction extrêmement étendue, et dans le milieu informatique une fonction trés limitée au domaine technique.

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