Webdesigners, intégrateurs, réflexions du vendredi soir

Par Élie Sloïm, le 19 février 2010, dans .

Francis publie sur son blog un billet intitulé « Le web designer doit-il savoir coder ?« . Les commentaires sont très intéressants, et le sujet est vraiment passionnant. Au détour de la conversation, j’ai laissé un commentaire qui précise un peu ce que je disais en 2006 dans ma présentation au Webdesign Festival International à Limoges, au sujet de l’évolution des métiers. Je reprends un bout de ce dernier commentaire pour faire écho au blog de Francis et le soumettre à votre sagacité. Le voici :

Alors, c’est quoi le webdesigner du futur, et c’est quoi, l’intégrateur du futur ?

Je me dis que sur la couche XHTML/CSS, on peut encore se permettre d’avoir des profils mixtes, mais avec l’arrivée de JS, d’AJAX qui manipule le XHTML, CSS, et même qui impacte toute la couche d’interactions, alors qu’il faut maintenir un bon niveau d’accessibilité, je ne vois sincèrement pas d’autre solution qu’une grosse spécialisation comme celle que je décris.

Maintenant, je ne dis pas que c’est bien, je pense simplement que c’est inéluctable. Et ce mouvement de fond n’aura pas que des avantages : nous allons perdre du fun, du plaisir de coder, de la compétence sur certains aspects. Nous allons surspécialiser et devoir inventer des modes de travail en parallèle et de communication entre les métiers, ce qui ne se fera pas sans mal, et il y aura sans doute pas mal d’autres conséquences, pas forcément faciles à gérer.

Le webdesigner du futur (si on est d’accord sur le vocabulaire, et c’est pas gagné non plus) sera un designer print qui sait gérer la dégradation élégante de ses contenus sur mobiles et pour des contextes de consultation très variables. Il saura dessiner des interactions ergonomiques, il connaîtra l’architecture de l’information, il saura travailler avec des personas, il saura écouter les besoins du client et faire des prototypes. Il saura également choisir des technos comme flash lorsqu’elles apporteront de la valeur ajoutée aux contenus.

L’intégrateur du futur saura manipuler tous les langages informatiques du front et saura les déployer de manière accessible à tous les contextes de navigation. Il saura implémenter ces éléments dans des CMS et fera le lien entre le design et les développeurs back. Il saura choisir des standards et des technologies pertinentes à la fois avec le design, les interactions, et les développements.

Présentez-moi le mec qui sait traiter correctement les compétences des deux profils ci-dessus, et je lui fais passer un contrôle antidopage 😉

Voilà, le débat continue, je vous invite à commenter le billet de Francis sur la question « Le webdesigner doit-il savoir coder » et à laisser vos réflexions ici même sur les deux profils que je m’efforce de définir ci-dessus.

20 commentaire(s)

  1. Ce qui est intéressant et casse-gueule dans ce débat, c’est qu’il mélange pas mal de questions.

    Il y a une question qui est: quel est le livrable que l’on peut attendre d’un «webdesigner»? Ce qui revient à définir le rôle du webdesigner dans une chaine de production. Et là:
    1) Certains disent qu’il doit livrer des maquettes graphiques.
    2) D’autres disent qu’il doit livrer d’une part des maquettes graphiques, et d’autre part une intégration HTML-CSS.
    3) Enfin, quelques uns disent que le webdesigner doit livrer des maquettes graphiques, et qu’il doit être capable de coder l’intégration HTML-CSS correspondante même si au final c’est un autre qui s’en charge.

    Moi c’est le troisième point de vue qui m’interpelle. Déjà, parce que je l’ai pas mal défendu en tant qu’intégrateur et apprenti chef de projet. Ensuite, parce qu’en l’écrivant comme ça je me rend compte qu’il est très étrange. En effet, pourquoi demander à une personne d’être capable d‘effectuer un travail qu’elle n’effectuera pas? Quel formidable gaspillage de ressources que de former un «graphiste web» à l’intégration web, ou même à des rudiments d’intégration, si ensuite on va confier la production à un intégrateur spécialisé!

    Si on part du principe que des intégrateurs spécialisés seront toujours disponibles (j’ignore volontairement le cumul des postes chez les freelance et dans les TPE), pourquoi alors demander au webdesigner d’apprendre HTML et CSS?

    Je vois à cela deux raisons. La première raison semble valable mais pose problème. La deuxième est plus problématique encore.

    A) Première raison: apprendre HTML et CSS permet d’acquérir une connaissance sur certaines contraintes et opportunités techniques du support Web.

    De prime abord, ça a l’air d’être une très bonne raison d’apprendre ces langages et de les pratiquer au moins à titre d’exercice et d’expérimentation. Mais on parle ici d’une connaissance théorique. Les intégrateurs web l’acquièrent en synthétisant leur expérience de pratique technique, parce qu’ils ont cette pratique et parce que la connaissance théorique n’est enseignée nulle part.

    Faut-il demander aux graphistes web le même investissement, alors que la technique ne leur sert à rien? La méthode est clairement mauvaise, mais je ne suis pas sûr qu’on ait fait mieux pour l’instant. Qui a documenté pour de vrai et de manière exhaustive le média web à l’usage des graphic designers et élèves de cursus en communication visuelle, hum? Quelle formation l’enseigne au-delà des poncifs?

    B) Deuxième raison: c’est une occasion pour le graphiste de se confronter à une version «utilisable» de son travail.

    On a parlé de technique en (A), et voilà l’ergonomie qui pointe le bout de son nez. Mais quel rapport entre HTML-CSS et l’ergonomie? Eh bien, dans mon expérience les intégrateurs web de bon niveau sont mieux (auto-)formés à l’ergonomie web que les graphistes web de même niveau. Je ne me l’explique pas parfaitement, mais je pense que le fait que l’intégrateur doit construire, tester et manipuler le design l’amène souvent à se poser des questions, ou du moins à constater que «ça, ça marche pas» ou «c’est bancal». Le graphiste web, lui, est rarement en situation d’utilisation du design qu’il crée.

    Dans l’absolu, l’ergonomie est plus du domaine du webdesigner que de l’intégrateur. Dans la pratique, peu de webdesigners n’ont ne serait-ce qu’un vernis en la matière. C’est un échec des formations et du management. Les intégrateurs et les webdesigners-qui-intègrent sentent que leur pratique de l’intégration leur a apporté dans connaissances dans ce domaine, et conseillent donc la même approche. Mauvaise pioche, je pense.

    Pour résumer: ON NE SAIT PAS FORMER des webdesigners qui maitrisent leur média, et on veut faire de la pratique du code LA solution alors que ce n’est qu’une solution INDIRECTE, INCOMPLÈTE et EXCESSIVEMENT COUTEUSE.

    (Mais si on a besoin de personnes à double compétence, même si l’une des deux compétences reste moyenne, cette approche redevient très pertinente.)

  2. Traditionnellement il me semble qu’on a toujours commencé par la fin dans la chaîne de production de sites web, à savoir le graphisme. Or si on regarde comment fonctionnent les standards du web, la présentation n’est qu’une couche (facultative) pour pouvoir utiliser un site web.

    Tout le monde aurait à y gagner si on faisait intervenir le graphisme en milieu ou en fin de chaîne de production. Le gros soucis c’est qu’on vend souvent au client une maquette graphique inutilisable en l’état et que c’est souvent l’élément qui est le facteur de décision dans le choix du prestataire de service.

    On marche sur la tête et la frustration que peuvent ressentir les développeurs front est d’autant plus compréhensible car ils se retrouvent en bout de chaîne à devoir traiter toutes les problématiques qui n’ont pas été prises en compte avant.

    Le métier est jeune, nous n’en sommes qu’au prémices de la production web mais j’espère bien voir évoluer les mentalités et heureusement que Paris-Web est là pour nous le rappeler chaque année.

  3. Si je comprends bien le « webdesigner » du futur sera pour toi une sorte de surhomme multitâches et multicompétences. Attention au dopage effectivement !
    Ne crois-tu pas que plutôt que de surspécialiser un individu, il vaut mieux agréger les compétences et travailler en équipe ? Chacun maîtrisant son domaine (designer, intégrateur, ergonome, chef de projet…)

    Je prends pour exemple le fait soulevé par Florent V. de l’ergonomie. Je ne pense pas que ce soit le travail d’un intégrateur ou même d’un designer de juger de la pertinence d’une ergonomie. Non pas qu’ils soient déconnectés de cette réalité bien sur mais je pense que c’est avant tout à l’usager de donner son avis et que c’est le métier de l’ergonome de plancher sur la question de l’usabilité avec le clients et les futurs utilisateurs. C’est une réelle démarche.

    C’est la même chose pour la relation client. Définir un besoin, analyser les solutions à mettre en place, définir une arborescence… sont-ce réellement des jobs d’intégrateurs ou de designers ? (encore une fois c’est possible mais c’est loin d’être une évidence)

    Je ne sais pas s’il est possible pour UN webdesigner d’être VRAIMENT bon dans tous ces domaines. Et je ne sais pas si demain les choses changeront quant à cette possibilité. Je me trompe ou bien ?

  4. Attention, je n’ai pas écrit qu’un webdesigner devrait être également un ergonome, capable de dresser un audit ergonomique et de conduire des tests utilisateur. Par contre il existe des règles et conventions d’ergonomie qu’il devrait maitriser.

  5. 1) plus je lis plus j’en reviens à la question fondamentale « qu’est-ce qu’un web-designer ? ».
    Que ceux qui se reconnaissent dans le titre de web-designer nous décrivent ce qu’ils font concrètement dans leurs journées, dans quel type et taille de société, pour quel(s) type(s) de clients, avec quel(s) outil(s), etc.
    Ce sondage pourrait fournir d’intéressantes informations sur la réalité de ce métier/fonction/rôle.

    2) @Frank Taillandier : entièrement d’accord avec ton commentaire, sur le fait que « on a toujours commencé par la fin dans la chaîne de production de sites web, à savoir le graphisme ».
    C’est probablement un héritage de l’imprimé dont la chaine de production est plus linéaire et ou la notion d’interface dynamique et architecture de l’information sont absentes.

  6. Au risque de faire se hérisser les cheveux sur la tête de Franck et d’Emmanuel, je suis ce ceux qui croient que l’expérience et l’usage du site passe avant le « domaine des possibles » techniques. (il faut bien sûr en connaître un minimum pour éviter les aberrations)

    C’est cela qui tire finalement un projet web : Réussir à offrir une expérience conforme aux objectifs des donneurs d’ordre et finalement de leur communauté de visiteurs qui ont ou n’ont pas de caractéristiques propres.

    Cela passe quand même au départ par se poser la question de savoir quelles sont les fonctions qui seront disponibles sur le site et de quelles façons les utilisateurs futurs devront ou pourront s’en servir. C’est aussi de cela que dépend la réussite du projet. Ce sont ces impératifs qui demandent plus finalement au développeur.

    Je ne pense donc pas que l’on s’y prenne à l’envers, je pense que les deux approches sont nobles et qu’effectivement, elles doivent s’alimenter l’une l’autre. Le développeur/intégrateur (si c’est le même) ne devant pas se retrouver en bout de chaîne bien sûr mais soulevant les problématiques au plus vite afin de trouver les solutions ou les voies alternatives qui ne chambouleront pas l’expérience visiteur souhaitée sur le site.

    C’est un point de vue… 🙂

    @Florent V. J’avais bien noté. Je rebondissais simplement sur le portrait élogieux que croquait Elie du futur « Webdesignerman ».

  7. S’il faut qu’un webdesigner (ou un graphiste, selon la terminologie qu’on emploie ou la rigueur avec laquelle on nomme les choses) sache coder, autant greffer une cinquième patte à un mouton, sans oublier qu’en règle générale, à vouloir ou devoir toucher à plusieurs domaines dans la chaîne de production de sites Web, on finit par ne maîtriser aucun de ces domaines, du moins pas autant qu’un profil cantonné dans un seul domaine.

    En fait, si le profil dont le métier consiste à manier Photoshop ou Fireworks au stylet à longueur de journée doit s’ouvrir au (X)HTML et aux CSS, ce doit être de la même façon qu’un développeur PHP (ou Python, histoire de ne froisser personne parmi l’équipe de Temesis 😉 ) doit avoir des notions de ces langages.

    Bref, pour ma part, je préfère des profils spécialisés sans un seul domaine (qu’ils aient ou non des connaissances, voire des notions solides, dans les domaines connexes) : un spécialiste en graphisme et design Web, un ergonome spécialisé, un intégrateur spécialisé et un développeur spécialisé sont complémentaires et peuvent faire avancer un projet plus efficacement qu’un ou deux moutons à cinq pattes (encore faut-il qu’ils sachent, bien sûr, communiquer entre eux lorsque les retours sont nécessaires… 😉 ). Et s’il doit y avoir un minimum de polyvalence, c’est plutôt dans des domaines transversaux, comme celui de l’accessibilité numérique.

  8. les sites et applications web qui doivent être produits aujourd’hui sont complexes, d’une part au niveau de l’interface qui doit avoir l’air simple tout en proposant beaucoup d’options, d’autre part au niveau des contraintes à première vue invisibles : accessibilité, disponibilité en API, performances et réactivité proches des applications desktop, compatibilité X-browser, version mobile, intégration d’APIs externes (login, data), référencement, sémantique …
    Et on ne parle pas des contraintes de business et de management.

    dès lors la spécialisation et donc la constitution d’équipes de plus en plus larges apparaît comme évidente, même les plus seniors d’entre nous ne peuvent maîtriser autant de sujets.
    Au dernier Paris-web, on a vu dailymotion nous dire qu’ils avaient des profils graphiste-intégrateurs qui codaient directement leurs maquettes en HTML. Une fois validées, les développeurs avec un profil plutôt backend intégraient tout ça au site, c’est une solution séduisante.
    Pour ma part j’ai toujours connu des purs graphistes confiant le travail d’intégration à des intégrateurs / développeurs. Le résultat final dépend de la bonne communication entre ces personnes.

    Le choix de la méthode de travail va à mon avis dépendre très prosaiquement des compétences qu’on peut trouver sur le marché, c’est au manager de l’équipe de faire le lien entre les diverses compétences 🙂

  9. Bonjour à tous,

    Je découvre cet article via une connaissance et je suis assez surpris.

    Ca vous parait improbable a ce point que l’on puisse maitriser le print, le webdesign , un peu de code (php, ajax), Flash et action script ?

    Je suis assez surpris, c’est justement ce qu’on demande dans la majorité des postes à pourvoir aujourd’hui.

    Un webmaster développeur, là ca devient peut etre difficile, mais un webmaster polyvalent, c’est quand même accessible si on s’en donne la peine … non ?

  10. Le débat est intéressant, mais je suis tout de même étonnée qu’il fasse couler autant d’encre. Connaitre un minimum les tenants et les aboutissants de la chaîne de production me semble être un indispensable.

    Pourrait-on envisager qu’un graphiste se contente de manipuler InDesign ou QuarkXPress sans maîtriser la chaîne graphique ? Cela semblerait aberrant…
    Pourtant j’ai le sentiment qu’il s’agit bien de ce débat simplement transposé au média internet.

    D’un point de vue général, le sujet me fait penser à l’opposition profil mixte vs. profil spécialisé. La polyvalence de l’un sera toujours un plus dans les petites structures. Par contre, j’aurais tendance à penser que la qualité de travail ne peut être la même pour ces deux profils. On peut maîtriser l’ensemble, mais on ne peut pas être excellent partout.

    @r.mike : Comme dis, la maîtrise de ces divers champs d’application n’est pas improbable, mais je ne pense pas que la qualité soit uniforme. Cela semble d’ailleurs tout à fait logique.
    Pour ma part, je préfère déléguer certains domaines que je pourrais prendre en charge pour privilégier la qualité finale.

  11. On est tout a fait d’accord … après cela dépend des budgets et moyens mis en œuvres sur le dit-projet qui permettent de faire appel à plus ou moins de spécialistes.

    Personnellement, je ne concevrais pas de travailler sur une interface web sans savoir comment « on met en page un site ». Pour simplifier la chose, je dirai que le HTML / CSS est un justement le « minimum » qui va faire la différence entre un infographiste et un webdesigner.

    Après, j’ai appris durant mes études design produit que le « la forme sert la fonction, et la fonction sert la forme », et ca ne s’applique pas qu’a l’archi intérieure et au design de véhicule. Je sous entends par là qu’avoir des notions sur au moins un langage (PHP, ASP, … ) permet de s’ouvrir à des éventualités graphique que l’on aurait pas envisager sans ses connaissances.

    En recherchant quelques infos, je suis tombé sur la définition de wikipédia (source ambiguë par excellence je l’accorde mais qui dit :
    « En francophonie, le terme web design est souvent utilisé à contre-sens de son acception anglaise et confondu avec la seule création graphique. Or ce qui le définit n’est pas tant l’expression visuelle et/ou artistique que la formalisation de l’interaction dans la page-écran.

    Le web design réclame donc des compétences variées : en développement front-office, en ergonomie et en interactivité, ainsi qu’une bonne connaissance des contraintes techniques liées à ce domaine : respect des recommandations W3C, accessibilité, portabilité. »

    Personnellement, je distinguerais :
    – infographiste (je maitrise les outils de la suite adobe et la création graphique)
    – webdesigner (je suis infographiste mais je suis tombé sur le « code obscur » de la force)
    – intégrateur (je sais développé et j’ai des bases de gestion graphique)

    Après, il y a forcément une part d’interprétation personnelle, car rien n’a vraiment défini ces métiers, et une grande partie des professionnels d’aujourd’hui sont des autodidactes .. et pour cause, il n’ay avais pas décoles ou très peu il y a encore quelques années…

  12. Au vu des débats qui ont lieu ici et chez Francis, il semble que la perception de cette problématique change considérablement suivant les termes utilisés (webdesigner, designer, graphiste) et le contexte (freelance, petite agence, grande agence, grand groupe).

    Toute la difficulté est de dégager une tendance générale d’évolution. Je me souviens d’avoir soulevé un vent de désapprobation général pendant ma conférence au WIF (héhé ;-). L’immense majorité des designers présents voulaient tout faire (design ET montage HTML) et trouvaient normal et souhaitable de tout faire. En revanche, je maintiens que ce n’est pas parce que c’est souhaité que c’est toujours souhaitable.

    Il semblerait que mes propos (séparation des métiers) se vérifient essentiellement dans les contextes avancés d’industrialisation, c’est à dire :

    * Nombreux projets à gérer
    * Equipes importantes (Plus de 3 ou 4 personnes)
    * Sites de grande ampleur

    Il semblerait également que cette division n’ait pas grand sens chez les freelances et petites agences Web. Ce sera à vérifier dans les prochaines années, mais selon moi, le fossé va se creuser, et il va être de plus en plus difficile de trouver des personnes à la fois polyvalentes et vraiment compétentes sur tous ces aspects.

  13. Je vais faire violent: le Webdesigner du futur sera passé par une formation idoine (sensibilisation) ou sera intégré dans une chaîne de production idoine. Ce n’est pas la mort des freelances, mais cela va leur demander d’être des freelances utilisables.

  14. Je pense que la question est mal posée.
    Si on demande l’inverse, « Un intégrateur doit-il savoir designer ? » qu’est-ce qu’on obtient comme résultat ?

    Ce qui me titille, c’est que je ne sais pas à quoi sert ce débat. Il y a des designers qui savent coder, d’autres non. Je ne m’aventurerai pas à dire lequel est le mieux, les contextes doivent être trop différents pour généraliser.

    Par contre, ce qui m’intéresse dans ce débat, c’est de comprendre la place d’un designer dans la chaîne de production, parce qu’à mon avis le problème est ici.

    Les designers sont moins handicapés que les intégrateurs (subtil jeu de mots ;)), ils n’ont pas forcément à produire quelque chose d’utilisable (au passage, « l’usabilité » est la capacité d’usure…). Comme le dit bien Frank, le graphisme est quelque chose d’essentiel pour le client, c’est ce qui séduit, qui valide.

    Je me mets à la place du client : j’en ai rien à braire de l’accessibilité, que mon site soit bien fait (ah bon ? Ça existe des sites mal faits ?), que l’ergonomie soit optimale (d’ailleurs, je sais pas vraiment ce que veut dire ergonomie), qu’il soit performant (puisque j’ai l’ADSL et tous mes copains aussi). Par contre, je veux qu’il soit beaauu, j’aimerai un dégradé un peu plus vert par ci, une police plus grande par là…

    C’est du n’importe quoi. Ok, il peut exprimer ce qu’il aimerait, mais il n’y connait rien au web. Je ne trouve pas normal qu’en 2010, la clé de la réussite d’un projet (du point de vue du client) soit le graphisme. Où alors il y a un sérieux problème avec le commercial.

    Pour en revenir au débat, l’intégrateur doit-il savoir designer ? Le designer doit-il savoir coder ? L’intégrateur doit-il connaitre PHP ? Le chef de projet doit-il savoir intégrer ? On peut en poser plein des questions comme ça, mais je ne suis pas sûr qu’on réussisse à y répondre.

    Au final, il faut que chacun connaisse le métier des autres ? Non, mais il faut que chacun comprenne les concepts des autres. Il n’y a rien d’intéressant à apprendre un langage, c’est ce qu’on en fait qui est intéressant.

    Il faut comprendre les concepts, pas forcément les langages, savoir communiquer, être ouvert et surtout, aimer le web (puisqu’au final, c’est ça qui fait un bon d’un mauvais *insérer un nom de métier*).

  15. « Je ne trouve pas normal qu’en 2010, la clé de la réussite d’un projet (du point de vue du client) soit le graphisme »

    Entièrement d’accord, et pourtant c’est mon coté graphiste qui parle … notre rôle en tant que créatif visuel c’est d’habiller une structure … et pas au développeur de développer quelque chose qui colle au graphisme.

    Ça en reviens a ce que je disais : « la forme sert la fonction … » et réciproque.

    C’est totalement idiot de vendre un site sur un visuel si on ne sait pas sur quoi coller ce visuel.

    Enfin je rejoins totalement Neovov 😉

  16. Faut-il être médecin généraliste ou chirurgien spécialisé dans la greffe du coeur ? Dans un village, le grand chirurgien spécialiste de la greffe du coeur il soignera des rhumes… Même si globalement demain le besoin en greffe du coeur augmente. Pour moi la « spécialisation » dépend surtout des besoins et ensuite des moyens. Parier sur une pure séparation du webdesigner et de l’intégrateur, c’est parier sur l’évolution des besoins au fond.

    Pour en revenir au « webdesigner », pour moi si il n’a aucune connaissance du web et de ses contraintes, pourquoi le préfixe « web » ? Pour moi il doit forcément avoir un minimum de connaissances des contraintes du web, et donc une formation minimale en CSS. Même si son rôle principal c’est la création.
    Après, il ne faut pas non plus mettre tous les talents graphiques sur le dos du webdesigner. Par exemple les icônes, les mascottes, la retouche photo, etc. c’est comme tout : il y a des spécialistes, à la limite ce n’est pas vraiment le métier du webdesigner pour moi.

    « Je ne trouve pas normal qu’en 2010, la clé de la réussite d’un projet (du point de vue du client) soit le graphisme »
    Le graphisme c’est la « marque » donc pour un client c’est très important !
    Après, c’est un classique problème de reconnaissance pour les autres acteurs : « si votre travail est bien fait, c’est le minimum » et « sinon, c’est inacceptable ». Exemple : ce robinet ne fuit pas et permet de régler le débit d’eau, c’est le minimum sinon il ne sera jamais acheté ! Mais si il n’est pas assorti au lavabo il ne sera pas acheté non plus.
    Pour moi il ne faut pas attendre du client qu’il nous dise de bien coder et de faire un site ergonomique, et à la limite ça serait blessant ;-). Par contre, sa marque il en a la responsabilité, donc il va y mettre son nez dans l’apparence !

    Autrement je suis entièrement d’accord sur le fait que le webdesigner devrait intervenir en milieu / fin de parcours : quand le contenu et les mécanismes sont déjà là.

  17. « Par contre, sa marque il en a la responsabilité, donc il va y mettre son nez dans l’apparence ! »

    Oui, mais ne travaille t’il pas en premier sur son contenu ? sur ses produits ? sur l’info qu’il veux véhiculer …

    Il choisi quand même son « secteur d’activité » avant de creer son entreprise non ?

    Un graphiste doit donc au moins travailler sur un cahier des charges et savoir par exemple les rubriques ou le type d’info qu’il va devoir habiller, en plus de la cible (on ne fera pas le même design pour une clientèle de retraité que pour une bande de geek).

    Et c’est justement le problème qui est souligné et que je confirme, on m’a déjà demandé de faire un design sans savoir vraiment à quoi il allait servir … et là on marche sur la tête …

  18. Eh oui, ce genre de débat fait toujours recette, chacun défendant sa chapelle : le code avant le design , le design avant le code… l’oeuf et la poule !-)

    Commençons par faire le distingo entre design et graphisme.

    Le graphiste c’est le décorateur. Le designer c’est l’architecte.

    Ce n’est ni l’ingénieur béton, ni le plombier, ni l’électricien qui conçoit le projet. C’est l’architecte.

    Il interprète et digère les demandes du client, les objectifs, les fonctionnalités, les usages. Et il conçoit le projet. Pur ce faire, il a une solide connaissance des matériaux, des techniques, des réglementations, de l’ergonomie etc. De la même façon qu’un designer industriel, lorsqu’il conçoit une machine, une voiture, un avion ou un flacon de shampoing : l’objectif, l’usage, les matériaux, la faisabilité technique etc sont autant de paramètres que le designer doit connaître. Le design doit fonctionner (l’avion doit voler !) et doit pouvoir être fabriqué de façon industrielle.

    Si le calcul d’un de ces paramètres dépasse sa compétence, l’architecte/designer demande une étude au spécialiste concerné. Alors l’ingénieur béton ou l’électricien lui font part des problèmes techniques, des solutions possibles, de leur coût… Et l’architecte corrige le projet en conséquence.

    Ce qui fait que l’architecte est l’architecte, que le designer est le designer, c’est qu’il peut concevoir tout le projet car il en maîtrise tous les aspects et toutes les contraintes directement, ou indirectement. Cela ne signifie pas qu’il sache couler une dalle ou poser des bandes de placo : ça c’est le boulot des spécialistes… Et ces spécialistes sont au service du projet conçu par l’architecte.

    Donc l’architecte/designer doit-il avoir des notions d’intégration ? de graphisme ? de développement ? d’architecture de l’information ? d’ergonomie ? de la réglementation ? etc. oui oui oui oui oui et encore oui : c’est son métier.

    Après, comme dans tous les métiers, il y a des bons et des mauvais architectes… et beaucoup d’ingénieurs qui se croient architectes…

  19. Je suis assez d’accord de faire intervenir le webdesigner après les contenus et les fonctionnalités… mais souvent, le client tire sur le bras gauche pour avoir qqch de visuel très vite, tandis que le développeur tire sur le bras droit pour avoir un côté purement fonctionnel/code.
    Pour peu que ça soit la même personne qui réalise plusieurs aspects, on frôle la schizophrénie.

    Pour ma part, j’ai essayé à plusieurs reprises de fournir une approche non-graphique (d’entrée de jeu) pour un gros projet en disant plutôt « pensez en terme d’information, de fonctionnalité et de document plutôt qu’en pur design » (car ce dernier va changer en fonction des fonctionnalités et du document), et les clients ont eu parfois beaucoup de mal à suivre.

    En général, ce dernier vous sort des phrases magiques du genre « oui, mais je suis visuel, j’ai besoin de voir ce que ça va donner avant de savoir ce que j’y mets ».

    Et on est obligé de rentrer dans les analogies : « quand vous construisez une maison, vous faites la peinture en même temps que les gros murs ? Non, vous allez déjà réfléchir aux fonctions de votre maison et à ce que vous voulez dedans, ensuite, vous ferez les murs porteurs, et vous adapterez la déco après »… et autres joyeusetés.

  20. Toujours cette manie de vouloir sur-spécialiser les employés, parfois pour rien. Est-ce pertinent?

    C’est pour diminuer la collaboration et s’autosufire de plus en plus dans un monde pressé ou chaque spécialité est banalisé… Ça fait beaucoup de poids sur la même personne. En plus que le design et l’intégration sont deux disciplines complètement différentes et les profils et compétences demandés ne sont pas les mêmes non plus!

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