Cher.e étudiant.e pas content.e ;)

Par Élie Sloïm, le 28 mars 2019, dans .

Ça va ou quoi ? Bon l’autre jour tu m’as dit sur twitter que la certification Opquast ne servait à rien, que de toute façon personne ne la connaissait, que tout le monde se fichait de la qualité Web. Mes statistiques sont formelles : tu n’es pas la majorité à penser ça mais quand même, dans un grand nombre de classes qui étudie le Web, tu es représenté.e, tu es là, et souvent, tu dis des choses comme ça à tes collègues, et quelquefois ils t’écoutent.

Et comme tu n’es pas tout.e seul.e, je vais me permettre de te donner mon avis.
 
Alors, voilà, j’ai un problème général avec toi quand tu râles. J’ai souvent discuté avec ta ou ton responsable pédagogique qui m’a expliqué que tu avais tendance à passer une partie de tes trois ans de cursus sur le Web à râler sur les enseignements. Il m’a aussi dit que tu avais une tendance à penser que tes profs sont des rigolos, que la maquette de ton programme pédagogique était dépassée, et même que ton responsable pédagogique était trop éloigné.e de la réalité des entreprises.

Alors certes il arrive que ce soit vrai, ce que tu dis. Par exemple, quand tu me dis que la plate-forme en ligne que nous mettons à ta disposition pour apprendre sur la qualité Web n’est pas hyper fun quand on veut enseigner à des « jeunes ». Je le dis franchement, tu n’as pas tout à fait tort. On pourrait largement faire mieux, on le sait. Et d’ailleurs on va le faire.
 
En revanche, quand tu me dis que ça ne te servira à rien, surtout si tu as déjà passé la certification, je peux affirmer que tu as traversé ce truc sans rien y comprendre, sans réfléchir et sans lire.

Alors certes c’est bien sympa d’accuser la plate-forme, mais la moyenne d’appréciation sur les derniers 200 professionnels en poste qui l’ont utilisée est à 4,5 sur 5. Toi, tu as noté 1 sur tous les sujets, y compris ta motivation personnelle à suivre la formation, ceci expliquant peut-être cela.

Par ailleurs, curieusement, il y a beaucoup d’étudiants qui l’apprécient alors qu’ils ne connaissent rien à la qualité web au départ et sont invités à se former parce que leur responsable pédagogique l’a décidé. Peut-être qu’ils lui font confiance. Peut-être qu’ils sont suffisamment mûrs pour savoir ce qu’ils ne savent pas.
 
Maintenant, tu me dis que ça ne sert à rien. D’accord, mais es-tu sûr.e que tu n’es pas passé.e un peu à côté ?

De mon côté, j’ai aussi des choses à dire. Ça fait 20 ans qu’on se bat pour que les sites soient mieux faits, visibles, pratiques, performants, sûrs, avec des contenus et des services solides. Sur ce sujet nous ne sommes heureusement pas tout seuls. Il y a des milliers de professionnels avec nous qui se battent pour le même sujet.

Il y a aussi des milliers de professionnels qui se battent pour l’industrialisation du Web sans pour autant travailler directement avec nous.

Il y a aussi des milliers de professionnels qui luttent pour qu’on améliore l’accessibilité des sites et qui pleurent quand ils voient le niveau moyen des étudiants et surtout des sites sur ce sujet.

Alors, voilà, est-ce que ces sujets et plus particulièrement notre certification sont connus ? Pas assez.
Est-ce qu’ils sont utiles ? Oui, ils seront à coup sûrs utiles à tes futurs clients, à tes futurs collègues, aux utilisateurs de tes sites, peut-être à tes futurs recruteurs.

En résumé, il y a beaucoup de professionnels qui pensent que c’est important, mais ce n’est pas ton cas. Justement, si tu veux bien, parlons de toi, parce que j’ai plein de questions pour toi.
 
Es-tu déjà dans le monde professionnel ? Fais-tu partie des étudiants géniaux qu’on côtoie tous les jours, qui ne sont pas pour nous des étudiants mais des futurs professionnels en poste, avec lesquels on a envie de travailler ? Fais-tu partie de ceux qu’on a envie d’embaucher parce qu’ils sortent du lot par leur maturité visible ? Fais-tu partie de ceux qui connaissent la valeur des formations et la difficulté ultérieure d’obtenir des formations professionnelles quand on est en poste dans une entreprise ? Fais-tu partie de ceux qui savent que la présence d’intervenants professionnels dans une école est souvent un sacrifice de leur part au détriment de missions mieux payées ? Fais-tu partie de ceux qui savent la difficulté d’être responsable pédagogique, ou professeur ou instituteur ?
 
Fais-tu partie de ceux qui écoutent, qui se passionnent, qui font confiance dans les intentions et les passions de leurs profs et leurs responsables pédagogiques ? Fais-tu partie de ceux qui nous donnent envie de faire notre métier ?
 
Et pour revenir à mon sujet, faut-t-il vraiment que tu aies vu une publicité dans le métro pour que tu décides à titre personnel que la qualité et l’accessibilité du Web sont des concepts importants ?
Faut-t-il attendre que toutes les offres d’emploi mentionnent cette compétence pour que tu décides à titre personnel de vraiment te former ?
Faut-il attendre que tu aies 15 ans d’expérience, trois designs et quatre refontes ratées, et qu’une armée de développeurs et d’ergonomes ayant constaté ton manque de culture et de vocabulaire de base, t’aient pris – peut-être à juste raison – pour « quelqu’un qui ne connait pas très bien le Web et ses contraintes »  ?

Sur ce sujet, ce qui est inquiétant et ce qui m’embête prodigieusement, c’est cet écart entre ta perception et celle des professionnels. D’un côté j’ai des gens qui savent de quoi ils parlent et qui me disent tous ou presque l’utilité des bonnes pratiques et de la certification.

Et de l’autre côté, j’ai quelques personnes – presque toujours étudiant.e.s comme toi – qui n’y connaissent pas grand-chose – et c’est NORMAL parce qu’ils sont en train de se former – qui ont quelquefois tendance à penser qu’ils savent déjà les choses et que tout cela ne sert à rien.

À ta décharge, les professionnels viennent presque toujours de manière volontaire, alors que toi tu subis ce que quelqu’un a choisi pour toi. Et ce n’est pas facile parce qu’il faut que tu nous fasses confiance. À notre niveau cela renforce encore notre responsabilité sur le fait de nous améliorer et de te donner des outils pédagogiques encore plus faciles à utiliser, un apprentissage mieux fait, et je t’ai entendu tu as raison là dessus mais attention QUE LÀ DESSUS.
 
Bon, voilà, maintenant qu’on s’est dit les choses, on va prendre le temps. Je suis patient et ta/ton responsable pédagogique aussi. Elle ou lui et moi allons attendre la fin de ton cursus en se disant : avec un peu de pot quand il.elle sera en poste elle.il comprendra pourquoi on lui disait de se former sur tel ou tel sujet (true story x 50). En attendant, si tu continues de dire sur les réseaux sociaux que personne ne connait la formation certifiante Opquast, tu vas devenir, bien malgré toi, notre meilleur ambassadeur.

Ami.e responsables pédagogiques et étudiants sympa, je vous aime. À l’année prochaine.

2 commentaire(s)

  1. Bonjour,
    Mon commentaire ne porte pas sur le fond de l’article, mais sur la forme et, plus particulièrement sur l’usage qui y est fait de l’écriture prétendument inclusive. En effet, l’usage de graphies du type « citoyen.ne.s » ou, ici, « étudiant.e pas content.e » aboutit à EXCLURE de l’accès à l’écrit les personnes déficientes visuelles utilisatrices d’une synthèse vocale.
    Divers articles de votre blog montrent votre souci de l’accessibilité des sites web, mais vous n’avez sans doute pas perçu que ce type de graphie pose un problème majeur d’accessibilité, contrairement à ce qu’indique le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes dans son « Guide pratique pour une communication
    Publique sans stéréotype de sexe » (https://bit.ly/2fejwZ7).

    Pour illustrer mon propos, prenez le texte suivant :
    *** début de texte ***
    Exemple de texte rédigé selon les recommandations du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes
    Vocalisé à l’aide de NVDA.
    Lors du dernier colloque sur l’égalité femme-homme, l’assistance était très variée.
    Toutes les catégories de citoyen.ne.s étaient représenté.e.s puisque l’on rencontrait des préfet.ète.s, des sénateur.rice.s, des ambassadeur.rice.s, des conseiller.ère.s municipaux.ales, des éducateur.rice.s, des chroniqueur.euse.s sportif.ive.s.
    On croisait également des avocat.e.s commis.e.s d’office, des assistant.e.s administratif.ive.s retraité.e.s, des artisan.e.s reconverti.e.s en banquier.ère.s.
    *** fin de texte ***
    … et écoutez la restitution vocale https://bit.ly/2CuXc9p. En règle générale, après avoir écouté, les gens trouvent ça insupportable.

    J’espère vous avoir convaincu du caractère nocif des graphies du type « le.la présentateur.rice ».
    Cela ne remet nullement en cause le bien-fondé de la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais celle-ci ne doit pas se faire au détriment de l’accessibilité. D’ailleurs, dans les dix recommandations du guide pratique du HCEfh, il n’y a guère que celle-ci qui pose problème.
    Cordialement

  2. Bonjour Christian,
    Et merci de votre retour. Que nous partageons entièrement, avec recul.
    Cet article a été, exceptionnellement – et volontairement – écrit en inclusif, une fois n’est pas coutume. En forme de clin d’oeil et pour être certains que nous allions toucher ce public, disons, vulnérable à certaines confusions. Les ravages que cela entraîne, et que vous soulignez, sont connus. Comme vous le rappelez avec raison, l’égalité des sexes ou des genres ne se joue pas là. Le coeur de la qualité n’est pas la forme, mais le contenu. L’important de la phrase ne sont pas les signes, mais les notions…
    Après, on peut discuter de l’opportunité de ceci ou de cela, dans la forme. Après 😉

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