Pourquoi Opquast – un mail privé et un retour d’expérience

Par Élie Sloïm, le 6 mars 2019, dans .

Il y a environ deux ans, j’avais remarqué sur Twitter une personne qui semblait vraiment ne pas du tout apprécier Opquast. Son propos faisait sens : après tout, pourquoi utiliser une liste de bonnes pratiques comme Opquast plutôt que des bonnes pratiques promues par des acteurs indiscutables comme Google? Pourquoi s’intéresser à une certification portée par un petit groupe de professionnels en France alors qu’il existe des acteurs plus reconnus ?

Pour comprendre, j’ai quand même souhaité prendre contact avec cette personne, et après quelques échanges je lui ai envoyé le mail ci-dessous.

Je me dis qu’avec le recul, ce message peut être intéressant pour tout le monde. C’est un mail envoyé en privé, le voici.

Bonjour
[…]
Je vais essayer de vous donner quelques infos, qui ne sont peut-être pas évidentes :

  • Le premier référentiel date de 2004, et il a été mis en licence ouverte (CC-BY-SA) sous l’impulsion de défenseurs du logiciel libre qui nous ont un peu tordu le bras pour enlever la mention NC (non commercial)
  • Chaque version du référentiel fait l’objet de discussions publiques, auxquelles pas mal de monde a participé.
  • On ne sélectionne les règles que lorsque l’on peut écrire un objectif (valable pour l’utilisateur), une mise en œuvre (faisable) et un moyen de contrôle (vérifiable)
  • On dégage des centaines de règles non valables (c’est un massacre). Les règles acceptées, les échanges, les règles évacuées sont visibles en ligne (ici : http://checklists.opquast.com/fr/workshops/ et ici pour la CL Qualité Web http://checklists.opquast.com/oqs-v3/workshops/ )

Donc, ça c’est pour la validité de nos règles. On ne les décrète pas. On bosse comme des malades pour qu’elles soient valables et on a une méthode publique pour les valider. C’est 20 ans de boulot, d’édition, d’échanges avec les meilleurs pros sur CSS, l’eco conception, l’ergonomie etc..). On s’est planté sur une vingtaine de règles en 2004, sur 5 en 2010, et on n’en retire aucune sur les 226 règles de la version 2015.

Et d’ailleurs, croyez-moi, quand on écrit 500 pages de bêtises (je pense au livre qualité Web), les gens du métier (et nous ne travaillons presque qu’avec des gens du métier) s’en rendent compte.

Maintenant, on aimerait bien qu’elle soient connues et appliquées, ces règles, évidemment. Et là, on a essayé plein de trucs. Des outils de pilotage, une extension de test Open Source, des newsletters, des conférences, des contenus en licence ouverte. Et on s’est plantés, on a échoué.

Et on s’est dit finalement, est-ce qu’il faut vraiment les appliquer ? Et la réponse est « non pas forcément ». On s’est dit : il faut les appliquer en connaissance de cause, et donc, en connaissant l’impact de ses choix. C’est le minimum (pour nous) de la part d’un pro.

Ca donne ça :
https://www.opquast.com/qualite-web-opquast/
Notez bien que chaque règle est argumentée pour les utilisateurs d’un site (ce sont les objectifs).

L’autre aspect de la certification, c’est ça :
https://www.opquast.com/glossaire/

Alors voilà :
Est-ce qu’on peut faire du frontend sans connaître ça : je dis NON
Est-ce qu’on peut faire du backend sans connaître ça : je dis OUI

Edit : pour la deuxième question, je rectifie en mars 2019 et je dis NON aussi 😁

Et donc, on a fait cette certification et on essaye de faire prendre conscience des impacts des règles et de faire monter en compétence sur le vocabulaire. C’est un moins-disant, c’est un truc ABSOLUMENT PAS suffisant pour la qualité du Web.

OUI vous avez raison le compte n’y est pas, et c’est normal, c’est un premier pas et ce n‘est que ça.

Est-ce que connaître ça est suffisant pour faire du front de qualité : je dis NON

Que ça soit présenté comme une solution ultime à la qualité Web ou gobé comme du contenu tout fait, je le regrette vraiment. Ça m’embête que votre compagne ait pris ça dans la figure sans avoir les infos qui vont avec, donc si vous voulez lui montrer mon message, elle se fera son opinion.

Pour finir, je ne sais pas si la certification est une bonne modalité pour atteindre cet objectif d’appropriation des règles et du vocabulaire, mais c’est ce que nous avons trouvé de moins mauvais, et ça fait 20 ans qu’on cherche.[…]

Voici donc ce que j’écrivais par mail à Mickael Andrieu le 7 novembre 2017.

Depuis il a regardé, il s’est lancé et il va passer l’examen bientôt. Par honnêteté, il a voulu faire un retour d’expérience détaillé avant de passer l’examen, de façon à ne pas être influencé.

Il a publié un article complet sur son expérience avec Opquast, je vous invite à le découvrir.

Et en attendant, j’espère qu’entre ce que je lui ai écrit en privé et ce qu’il a publié récemment, vous comprendrez mieux qui nous sommes, ce que nous faisons, et pourquoi et comment nous le faisons.

1 commentaire(s)

  1. C’est intéressant.

    Une partie m’intéresse : sur le fait de respecter des bonnes pratiques promues par des acteurs indiscutables comme Google.

    Sans AUCUNEMENT douter de la compétence des équipes de Google (ou autres) ni remettre en cause leurs travaux (exemple en perf, j’ai énormément appris grâce à eux, à Yahoo et à d’autres acteurs), j’aime à savoir que des checklists sont promues par des gens n’y ayant pas d’intérêt direct, ou du moins que des travaux de qualité soient faits par des profils variés : tout le monde ne bosse pas chez Google, ni avec leurs besoins/moyens.

    Cela se voit dans les créations de specs : des choses sont introduites ou implémentées principalement pour leurs besoins.

    Et fatalement, tout l’écosystème qui suit (pratiques, frameworks, BP, etc.) va prendre le pli de ces acteurs. Non pas que ce soit mal (HTTPS est une très bonne chose parmi mille autres), mais la diversité, c’est bon pour le Web.

    J’aime bien savoir que certaines pratiques sont pensées hors de ces cadres-là, et servent l’utilisateur, qu’il soit sur une monstre web app d’une start-up valorisée à 12 milliard, ou sur un site statique qui a coûté beaucoup moins 🙂

Les commentaires sont fermés.